La démocratie est d’abord une morale par Paul-Marie Couteaux

La campagne de Nicolas Sarkozy pose à l’idée même de démocratie un problème moral autant que politique : à quoi se réduit l’exercice démocratique quand une campagne présidentielle offre à un candidat majeur une tribune d’où se déversent chaque jour les mensonges, les ruses et les triples salto de plus en plus vertigineux du pur cynisme ?

Les exemples surabondent : il n’est pas supportable d’entendre le candidat Sarkozy promettre qu’il « gouvernera par référendum » alors que, à la différence de ses prédécesseurs, il n’y eut pas recours une seule fois au cours de son quinquennat, et que, sur le sujet, la supercherie du prétendu « mini traité » de Lisbonne a biffé d’un trait le résultat du dernier référendum en date, celui du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne.

Il n’est pas supportable d’entendre celui qui n’eut de cesse d’ouvrir les frontières et bat le record d’immigration, remettre en cause les accords de Schengen dont, ministre de l’Intérieur, il fut l’artisan de l’application la plus intégriste; alors que, lors des réunions tenues à Bruxelles au cours de l’automne dernier pour examiner leur révision, la France n’était même pas représentée.
Il n’est pas supportable d’entendre un candidat, en principe au fait des affaires publiques, proposer d’imposer les Français vivant à l’étranger alors qu’il ne peut ignorer que la mesure est inapplicable sans renégocier de multiples conventions sociales avec nos voisins qui ne le veulent pas.

Mensonges, roueries, insolence, mépris d’un peuple dont le président de la République joue la méconnaissance des questions techniques : on passe du grand Guaino au grand guignol.

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