La fin de l’Etat-nation, voilà leur rêve.

A la faveur de la crise, les eurocrates se sentent pousser des ailes. Leur rêve le plus fou est à portée de main: créer un gouvernement supranational qui pourrait décider de ce qui est bon ou mal pour chacun des pays adhérents à l’Union.

Dernièrement, Jean-Claude Trichet, directeur de la banque centrale européenne, a proposé de nous mettre sous protectorat en créant un ministre européen des Finances. Ce dernier serait doté d’un important budget fédéral, il assurerait la représentation auprès des institutions financières internationales et aurait un droit de veto sur des décisions nationales. (1)

C’est aujourd’hui au tour de l’ancien premier ministre de Grande-Bretagne, Tony blair, de proposer un président à l’Union Européenne.

Les eurobéats appliquent une méthode éprouvée en union soviétique par les apparatchiks de la dictature communiste: Si l’Union Européenne ne fonctionne pas, c’est parce qu’il n’y pas assez d’Europe.

En dépit de la volonté des peuples voilà ce qu’ils veulent:

Une union plus étroite et la disparition finale de l’Etat-nation.

Comme le souligne le journaliste Alasdair Palmer du Daily Telegraph, cette fuite en avant ne pourrait profiter qu’aux technocrates de Bruxelles en mal de reconnaissance et se ferait au détriment des peuples… mais qui se préoccupe encore du peuple ????

Vous ne trouverait peut-être rien sur les déclarations de Tony Blair dans la presse française. Ce silence complice n’est plus une nouveauté. La presse étrangère est parfois bien plus libre. Voilà donc la traduction de l’article d’Alasdair Palmer du Daily Telegraph.

A unified Europe will be great news for the Eurocrats

Une Europe unie : une bonne affaire pour les technocrates européistes.

La semaine dernière a vu son cortège de nouvelles désespérément familières en provenance de l’UE : des hauts fonctionnaires qui voyagent séparément en avion privé tout en faisant la morale au monde sur la nécessité de réduire les émissions de CO2 ; des parlementaires qui exigent une augmentation du budget et proposent de nouveaux impôts pour « harmoniser » davantage la situation des Etats de l’UE alors que des réductions budgétaires se font dans tout le continent.

La plupart des responsables politiques européens et la plupart des politiques mises en œuvre par l’UE manquent de légitimité et ils le savent. Quand Tony Blair a déclaré avec insistance qu’il fallait à l’Europe un « président élu », il exprimait donc la conviction profonde de presque toutes les personnes impliquées dans l’administration politique paneuropéenne, qu’une plus grande unité est meilleure pour tout le monde.

Peu importe que « le projet » manque de soutien populaire. Même le fait que les électeurs expriment leur préoccupation à propos (par exemple) de l’ouverture des frontières au sein de l’UE n’a pas le moindre effet sur la conviction des eurocrates qu’on ne peut aller que dans une direction : vers une union plus étroite et donc vers la disparition finale de l’Etat-nation.

Pourquoi soutenir que l’Etat-nation sera et doit être remplacé par les autorités européennes ? Tout revient aux propos apparemment anodins tenus par M. Blair la semaine dernière : « Il est raisonnable que les pays européens s’associent et se servent de leur poids collectif pour pouvoir exercer une influence ». Comment l’entité formée en « s’associant » en vient-elle à avoir une autorité politique légitime supérieure à celle des Etats-nations qui la constituent ? Cette question reste toujours sans réponse.

Il y a une raison évidente à ce silence assourdissant : pour la population de chaque pays, l’Etat et ses assemblées élues sont les seules institutions ayant compétence pour faire des lois qu’elle a approuvées. L’élection d’un président européen ne changera rien à cela. Elle ne fera que donner un semblant de vernis démocratique au projet d’unification alors qu’elle aura pour effet concret d’éroder le seul lien entre la façon dont les lois sont faites et la volonté du peuple. La législation qui émerge de Bruxelles ne possède pas ce lien. C’est pourtant ce sur quoi le projet européen s’est construit.

Un projet pour permettre aux eurocrates de se sentir importants

Je peux comprendre qu’une extension de l’Union européenne présente des bénéfices pour les responsables politiques du continent qui ont droit aux babioles qui vont avec leur fonction : cortèges d’automobiles, avions privés, officiels serviles et impression de pouvoir enivrante. Mais quelles sont les conséquences pour nous ?

Les partisans de cette idée affirment qu’une Europe unie sera une Europe puissante et pourra négocier de meilleurs accords en matière de commerce et de sécurité. La liberté des échanges entre les pays présente de gros avantages mais il n’est pas nécessaire pour y parvenir d’aller au delà d’une coopération entre les Etats. Il n’est certainement pas nécessaire de remplacer l’Etat-nation par une administration supranationale.

Et l’idée qu’une Europe unie sera mieux à même de défendre la sécurité et les valeurs de sa population est illusoire. « L’Europe » possède tout l’appareil d’une politique de défense unifiée : une administration de la défense, un ministère des Affaires étrangères et un ministre des Affaires étrangères.

L’opération libyenne a été décidée par l’UE mais comme Robert Gates, le ministre de la Défense américain sur le départ, l’a fait remarquer la semaine dernière, les pays européens sont incapables de l’organiser. La campagne de bombardements a nécessité « une augmentation considérable du nombre de spécialistes du tir, essentiellement américains, pour pouvoir se faire. » Après onze semaines de campagne, les pays européens « commencent à manquer de munitions et demandent une fois de plus aux Etats-Unis de venir à la rescousse. »

Si on en est là, c’est parce qu’il y a trop de pays européens qui entendent profiter des bénéfices de la coopération militaire mais sans être prêts à en partager les risques et le coût : ils veulent tout pour rien.

Ceci est d’une certaine façon rassurant, car cela montre que le projet d’union accrue échoue sur l’écueil de l’intérêt national. Ceci laisse entendre qu’au fond, il n’est rien de plus qu’un moyen destiné à permettre aux eurocrates de se sentir importants. Le drame, c’est qu’il risque ainsi de finir par détruire notre démocratie.

source

(1): http://www.prechi-precha.fr/2011/06/09/le-nouvel-age-du-colonialisme/