La fin des terres

Entre disparitions des terres et colonisation nouvelle mode, un changement des pratiques et des méthodes s’impose.

 

L’agriculture est un marqueur particulièrement éloquent des inégalités qui sévissent à l’échelle internationale. Elle reflète une forme nouvelle d’impérialisme par l’accaparement des terres et la mainmise de forces financières sur des pays en voie de développement.

De puissants lobbies, peu regardants, investissent massivement dans les terres arables, au mépris de l’agriculture paysanne et des pratiques ancestrales qui ont façonné les paysages. Pendant ce temps, aujourd’hui, en France, disparaît l’équivalent d’un département de terres agricoles tous les sept ans.

Sur-évaluation des terres agricoles, urbanisation, les causes sont multiples. Le territoire se transforme à grande vitesse, abandonnant les champs aux lotissements standardisés, à la production d’énergie photovoltaïque, à l’urbanisation intensive. Loin des recommandations du Grenelle de l’environnement, la France continue à consommer ses terres et à réduire chaque année sa capacité de production agricole, s’obligeant à importer au prix fort de l’énergie des produits alimentaires et risquant à terme de mettre en péril sa souveraineté alimentaire. Dans les pays du Sud, les multinationales, les fonds de pension rachètent, spéculent et affament. Des solutions existent, elles nécessitent de dépasser les outils fonciers qui aujourd’hui ne fonctionnent plus.

Les plus pauvres en première ligne

Jamais les inégalités devant l’alimentation n’ont été aussi criantes entre le Nord et le Sud. Comble de cette agriculture qui marche sur la tête, ce sont les paysans des pays pauvres qui souffrent le plus de malnutrition. La crise financière de son côté, loin de permettre de penser à nouveaux frais les rapports entre le Nord et le Sud, a créé un phénomène nouveau, faisant des terres une valeur refuge après la crise des subprimes.

Délaissant les actifs financiers à risque, les fonds de pension américains ont fait des produits alimentaires de base un placement sûr. Ainsi, selon une enquête menée par ONG GRAIN en juin 2011, «les fonds de pension brassent aujourd’hui 23.000 milliards de dollars US d’actifs, dont 100 milliards sont investis dans des produits de base», et prévoient près d’un cinquième pour l’acquisition de terres agricoles.

C’est le début d’une spirale infernale: les fonds investis font artificiellement gonfler les prix à des niveaux historiques, les fonds de pension investissent dans les terres arables. D’ici 2015, les matières premières comme les terres agricoles représenteront 3% à 5% des portefeuilles des fonds de pension.

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