La guerre est déclarée entre Jean-Marie Le Pen et sa fille

La tension monte Jean-Marie Le Pen et sa fille suite aux propos du président d’honneur du FN sur la “fournée d’artistes”. Interrogé par “Les Inrocks”, le président d’honneur du FN dit avoir été “poignardé dans le dos”. Le parti serait-il sur le point d’imploser ?

“La fin du FN à papa”. Le titre s’étale en une du Parisien de ce mardi 10 juin. Jamais Marine Le Pen n’avait désavoué publiquement son père, c’est désormais chose faite. La présidente du FN a qualifié de “faute politique”, les propos polémiques tenus par son père sur Patrick Bruel. A Montretout, sur la colline de Saint-Cloud, Jean-Marie Le Pen tire la tête des mauvais jours. “La fin du FN à papa, ça serait le fin du FN tout court”, s’agace le président d’honneur du FN.

L’affaire remonte à vendredi dernier. Sur son traditionnel journal de bord vidéo, le président d’honneur du FN s’est laissé aller à une nouvelle provocation à connotation antisémite. Il s’en est pris à plusieurs artistes qui avaient pris position contre le FN : Guy Bedos, Madonna et Yannick Noah. Avant que Marie d’Herbais (une militante qui fait office d’intervieweuse – ndlr) n’évoque le chanteur Patrick Bruel, qui est juif. “On fera une fournée la prochaine fois”, lui répond alors Jean-Marie Le Pen.

SOS Racisme a dénoncé ces propos relevant selon l’association “du plus crasse logiciel antisémite et non du simple dérapage” tandis que le Mrap a déclaré que cette sortie témoignait de “l’adhésion idéologique” de la direction du parti “aux thèses racistes distillées à longueur d’idées et/ou de jeux de mots par Jean-Marie Le Pen”.

Fin du journal de bord vidéo de Jean-Marie Le Pen

En conséquence, Marine Le Pen a décidé que le site du FN n’hébergerait plus le Journal de bord vidéo incriminé. Depuis plusieurs années, Marine Le Pen multiplie les efforts pour limiter la visibilité médiatique de son père mais il continuait à disposer sur le site du FN d’un créneau d’expression libre chaque vendredi où il commentait l’actualité de la semaine avec des bons mots et des blagues polémiques. “Cela fait des années que Marine Le Pen cherche à supprimer ce journal de bord compte tenu des dérapages récurrents de son père, elle a saisi la balle au bond”, commente un cadre du mouvement.

Furieux de voir sa fille le désavouer publiquement, Jean-Marie Le Pen a violemment réagi :

“Ma fille m’a poignardé dans le dos. C’est elle qui a créé le problème. Si elle ne s’était pas exprimée, la polémique n’aurait pas duré plus de 6 heures (…). Je n’ai pas l’intention de changer à 85 ans. Si je les emmerde, ils n’ont qu’à me tuer. Je ne me suiciderai pas. Je préfère vous prévenir, s’il m’arrivait un accident prochainement, ça ne sera pas de mon fait.”

Le président d’honneur du FN affirme qu’il n’a pas encore eu d’explications avec sa fille :

“Elle ne m’a pas fait l’honneur de m’appeler, non. Je pense qu’elle a honte car elle sait qu’elle a accrédité le procès d’intention établi par des adversaires du Front national (…) Elle sait que j’ai le sens du devoir et que je hais la trahison.”

En 2005, Marine Le Pen avait menacé d’abandonner la politique…

Ce n’est pas la première fois que Marine Le Pen et son père se prennent le bec. En 2005, suite à des propos off de Jean-Marie Le Pen publiés dans l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol où il déclarait que ”l’occupation allemande n’avait pas été aussi inhumaine”, Marine Le Pen avait menacé de démissionner de son poste de vice-présidente.

“Je crois qu’en son for intérieur, elle a envisagé d’arrêter la politique”, nous confiait l’un de ses amis. Furieuse, elle ne délaissera finalement que temporairement sa fonction, mais s’exile sur le champ dans la maison familiale de La Trinité-sur-Mer pour faire le point. C’est Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du mouvement et amie de Marine Le Pen qui avait permis la reconciliation entre la père et sa fille. Lors d’un dîner avec Le Pen dans un restaurant italien du XVIIe arrondissement, elle avait raisonné le vieux chef.