La transaction secrète entre Baylet et son ex-collaboratrice qui l’accusait de violences

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L’ancien ministre de Mitterrand a dû patienter sagement avant de revenir au gouvernement après 23 ans d’absence. Juste après l’élection de François Hollande, il rate le coche: le président de la République ne veut pas de ministre mis en examen et Jean-Michel Baylet est alors mis en examen pour favoritisme (dans laquelle il sera finalement relaxé). Rebelote pour le gouvernement Valls, au printemps 2014: Baylet vient d’être mis en examen dans une affaire de frais de bouche.

En novembre 2014, Jean-Michel Baylet bénéficie d’une ordonnance de non-lieu. C’est ainsi qu’en février dernier, François Hollande a enfin pu le solliciter.

Dans la presse, les nombreux portraits qui ont accompagné sa nomination évoquentsa fidélité à Hollande enfin récompensée, ses mises en examen et ses non-lieux, son surnom de «président-empereur» dans son fief du Tarn-et-Garonne ou encore son goût pour le rugby et le ski.

Mais un élément n’est pas remonté à la surface: en 2002, Jean-Michel Baylet était accusé par son assistante parlementaire, Bernadette Bergon, de l’avoir frappée et forcée à démissionner. L’affaire a été classée sans suite. Mais d’après les informations obtenues par BuzzFeed News, le sénateur a passé à l’époque une transaction secrète avec la victime pour éviter toutes suites.

«Il m’a porté des coups essentiellement au visage»

Les faits remontent à la soirée du samedi 9 février 2002. Jean-Michel Baylet est alors sénateur du Tarn-et-Garonne, et Bernadette Bergon est son assistante parlementaire depuis 1998. Ce soir-là, elle le rejoint dans sa maison de Valence d’Agen, dont il a été maire pendant 24 ans. D’après ce qu’elle a déclaré à la gendarmerie, Jean-Michel Baylet l’a frappée, «au visage» à plusieurs reprises.

Le patron des radicaux de gauche l’aurait ensuite «contrainte, sous la menace de nouveaux coups, à rédiger sous sa dictée une lettre de démission», datée du dimanche 10 février 2002:

«Monsieur le sénateur. Par la présente je vous prie d’accepter ma démission de mon emploi d’assistante parlementaire. Pour des raisons qui me sont personnelles, je ne souhaite plus assurer ces fonctions; je vous signale également que je ne souhaite pas bénéficier de mon préavis.»

Le lundi suivant, le 11 février, Bernadette Bergon porte plainte auprès de la gendarmerie de Toulouse. Lors d’une audition datée du 15 février 2002 dans le cadre de l’enquête préliminaire, elle décrit dans un premier temps la personnalité de Baylet qui, s’il peut se montrer «charmant» et «attentionné», pouvait aussi être «caractériel», «impulsif voire violent». Elle confirme aussi avoir été frappée de plusieurs coups, comme elle l’avait déjà déclaré lors de son dépôt de plainte. Elle précise notamment:

«Il m’a porté des coups essentiellement au visage.»

Selon le PV de son audition que nous avons pu nous procurer, l’actuel ministre lui aurait ensuite demandé de quitter les lieux, alors qu’elle était «entièrement dévêtue et pieds nus».

Elle ajoute: «Il m’a uniquement rendu mes lunettes de vue et la clé de chez mes parents», dont la maison était à deux pas. Le policier chargé de l’enquête lui demande alors si elle considère avoir «été séquestrée durant les faits».

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