L’affaire Bettencourt se rapproche de Nicolas Sarkozy (vidéo)

A quelques semaines seulement du terme de son mandat, Nicolas Sarkozy est, pour la première fois, directement visé par un juge d’instruction. Le juge Jean-Michel Gentil, qui instruit au tribunal de grande instance de Bordeaux les principaux volets de l’affaire Bettencourt, semble bien déterminé à enquêter sur le président de la République – protégé par l’immunité pénale que lui confère la Constitution durant son mandat.

Le juge soupçonne désormais ouvertement le président d’avoir fait financer illégalement sa campagne présidentielle victorieuse de 2007. De nombreux documents judiciaires, dont Le Monde a eu connaissance, en attestent.

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UN SYSTÈME DE SORTIE DE FONDS EN ESPÈCES ORGANISÉ PAR PATRICE DE MAISTRE

Le juge paraît accorder d’autant plus de crédit à ces témoignages et aux écrits de M. Banier – plus qu’à ses déclarations – qu’ils sont confortés par les découvertes effectuées en Suisse, dévoilées par Le Journal du Dimanche du 25 mars.

Le magistrat, en s’intéressant à un compte suisse de Mme Bettencourt, a mis au jour un système de sortie de fonds en espèces organisé par Patrice de Maistre, l’ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, dont une partie pourrait avoir alimenté les caisses du candidat Sarkozy il y a cinq ans.
Via un mécanisme de compensation passant par des établissements financiers français et suisses, M. de Maistre – mis en examen pour abus de faiblesse et abus de biens sociaux et placé en détention provisoire le 23 mars – aurait récupéré en toute discrétion un total de 4 millions d’euros entre 2007 et 2009.

Sept retraits auraient été effectués par un intermédiaire mandaté par M. de Maistre. Les fonds étaient remis au gestionnaire de fortune dans les locaux parisiens de la société Clymène, entité chargée de valoriser les actifs de Mme Bettencourt.

Dans une ordonnance du 22 mars citée par le JDD, M. Gentil souligne le caractère éminemment suspect des deux retraits d’espèces de 400000 euros chacun effectués par l’intermédiaire du gestionnaire de fortune en 2007. Le premier est intervenu le 5 février 2007, soit « deux jours avant » un rendez-vous entre M. de Maistre et Eric Woerth, alors trésorier de la campagne de M. Sarkozy, souligne le juge.

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Ces nouveaux développements, extrêmement embarrassants pour le chef de l’Etat, donnent de plus en plus de crédit aux révélations de l’ancienne comptable des Bettencourt, Claire Thibout. Cette dernière affirmait dès le mois de juillet 2010 que M. de Maistre lui avait réclamé au début de l’année 2007 de sortir 150000 euros en liquide, somme qu’il devait remettre à M. Woerth afin de contribuer illégalement au financement de la campagne de M. Sarkozy.

Source: Le Monde
Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Sarkozy serait prêt à tout pour garder le pouvoir sur l’argent.