Laurent Delahousse, ou l’envie de privatiser France 2

Qui a regardé le 20 heures de France 2 le 7 décembre ? Son paradoxe : il ne restera pas dans les mémoires alors qu’il est l’idéal-type du suicide du service public, de l’imposture journalistique, du journalisme du vide.

Laurent Delahousse, toujours bien mis et propret sur lui à défaut de travailler en vrai journaliste, a consacré près de dix minutes aux chutes de neige anecdotiques, qui n’ont rien d’exceptionnelles, que le mois de décembre, chose étonnante, s’est amusé à déverser sur quelques régions. Ces images ont déjà été vues mille fois, dix mille fois, cent mille fois ! Ces commentaires ont déjà été entendus des millions de fois. À la faveur de cet épisode climatique, les journalistes de France 2 n’inventent pas ; ils mettent leur cerveau en stand-by, sans doute par besoin de repos, ils répètent à l’envi toujours le même discours, lassant moulin à prières ! Il neige. Ça va s’arrêter. Ça va reprendre. Il fait froid. Il pourrait faire plus froid. Les routes risquent de glisser, Etc. Ils interrogent quelques quidams et pékins. Un camionneur, qui n’a rien à dire, qui dit exactement la même chose que l’an passé, qu’il y deux ans, qu’il y a dix ans. Une institutrice, une parente d’élève, un protecteur de SDF… Plus rarement un SDF. Les SDF ne parlent pas, on parle sur eux.

Plus : Delahousse a fait la totale aux malheureux contribuables qui financent France 2. En sus des interminables minutes sur des petites chutes de neige (une heure au maximum de retard à Roissy), il a diffusé un reportage longuet sur les smartphones en passe de remplacer les appareils photos compacts. Là non plus, aucune véritable information ni enquête. Du micro-trottoir amélioré. Est-ce cela, l’information sur une chaîne publique ? Ce n’est pourtant pas pour une chaîne publique que Michel Polac inventa l’expression « télé de m… » ! Ce que Polac n’avait pas prévu, c’est que la chaîne publique de référence prendrait cette « télé de m… » comme lièvre à dépasser, cherchant à la battre sur son propre terrain.

Si j’étais journaliste à France 2 j’aurais honte du vingt-heures ! Si j’étais Madame la ministre de la Culture, je serais scandalisée, je prendrais des sanctions ! Si j’étais Monsieur le président de la République, je menacerais de privatisation ! Se multiplient sur cette chaîne, outre le naufrage de l’information, les jeux stupides, les talk-shows people, les émissions de voyeurisme ; s’y manifeste la mainmise du show-business ; s’y étalent la vulgarité, l’inculture, le massacre de la langue française ! La télévision peut-elle être autre chose que « le réceptacle des médiocrités et des impostures » que dénonce Gabriel Matzneff, dans le recueil de son œuvre de critique de télévision à Combat, La séquence de l’énergumène ?

Une seule chaîne publique suffirait. Une chaîne – la seule ? — qui respecterait le téléspectateur. Théâtre, opéra, littérature, rencontre avec les poètes — le tout en prime time, constitueraient son cahier des charges. Voilà pourquoi la bonne figure de Laurent Delahousse, l’antithèse de la seule télévision vraiment utile, ne peut que convaincre d’exiger la privatisation de France 2.

Robert Redeker, le 9 décembre 2012

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