Le califat, stade ultime de la révolution

Après les révolutions française, bolchevique et nationale-socialiste survient la révolution islamiste.

C’est ce que conclut l’anthropologue franco-américain Scott Atran (spécialiste du terrorisme interviewé la semaine dernière par Sophie Shevardnadze sur RT), qui considère que le califat de l’État islamique est viable, parce que révolutionnaire et transnational, et que les militants s’y sentent libres : « Il ne s’agit pas de la liberté-de-faire-les-choses, mais de la liberté-de-ne-pas-avoir-à-faire, où la vie est bien ordonnée et pleine de promesses. » Adieu, Prométhée !

Reprenant les discours du chef Abou Bakr al-Baghdadi, il décrit les ingrédients du succès : créer un archipel du chaos, des frontières changeantes, étourdir les blocs ou États-nations des « croisés », rayonner par « gestion de la sauvagerie » (Idārat at-Tawaḥḥuš) depuis l’Europe et l’Afrique jusqu’à l’Asie centrale. Sauvagerie qui répugne maintenant aux démocraties occidentales, mais « fut la norme dans la quasi-totalité de l’histoire de l’humanité ». Ça va en faire, des bougies !

La société utopique proposée par le califat touche, selon lui, une corde profonde chez les musulmans, y compris les « modérés ». Atran cite l’anecdote de sa récente rencontre avec un imam de Barcelone très impliqué dans le dialogue interreligieux, travaillant avec chrétiens et juifs, et qui affirme simplement : « Ils [Al-Qaïda et l’État islamique] nous ont mis sur la carte [de l’Europe]. Quant au califat, il a toujours été dans notre cœur, et maintenant le voilà. Nous ne voulons pas de violence. Ce que nous voulons, c’est quelque chose comme le califat, quelque chose à nous, peut-être une Union européenne ou une Fédération des peuples musulmans. Il faut qu’on trouve. » Intégration républicaine réussie !

En bref, voici l’idée centrale de Scott Atran : « …dans une perspective évolutionniste, tout ce qui est nouveau est extrême. En cela [l’État islamique] est très similaire à la révolution française (ou même à la révolution bolchevique, ou encore à la révolution nationale-socialiste)… Regardez les Français : ils s’entre-dévoraient [sous la Révolution] tout comme Al-Nusra et l’État islamique et d’autres… puis ils ont été envahis par une coalition des grandes puissances, et pourtant ils ont non seulement survécu, mais ils ont duré, introduisant la notion de terreur en tant que “mesure extrême”, comme ils disaient, “pour la préservation de la démocratie”, et chaque vraie révolution a fait de même, aussi l’État islamique ne fait pas exception. » Prémonitoire…

Et pour finir, Atran cite George Orwell, faisant un parallèle avec la situation de 1939 :

M. Hitler a découvert que les êtres humains ne veulent pas seulement la paix, la sécurité, le confort… ils veulent l’aventure, la gloire, le sacrifice, et M. Hitler y fait appel… et pendant que l’union des étudiants d’Oxford a fait le vœu de ne jamais plus se battre, M. Hitler a 80 millions de gens à ses pieds.

Et de conclure que le califat fait appel au même ordre de sentiments, et que nous n’avons pas compris les leçons de l’Histoire.

Ni Mme Merkel…