Le FN promet un «Franxit» sur le modèle du «Brexit»

Le parti de Marine Le Pen réclame les mêmes dérogations que celles dont bénéficie la Grande-Bretagne dans l’Union européenne.

Le Front national observe avec satisfaction le jeu politique de David Cameron à Bruxelles. Si la Grande-Bretagne menace de sortir de l’Union européenne en réclamant de nouvelles concessions de la part du Conseil européen, c’est parce qu’elle est en position de force, juge-t-on au sein du parti de Marine Le Pen. Mais les frontistes n’attendaient pas grand-chose de ce sommet européen car, pour eux, les Britanniques disposent déjà de «l’essentiel».

Monnaie, banque centrale, frontières, budget et système bancaire: selon l’eurodéputé FN Bernard Monot, les Anglais pouvaient encore espérer des «mesurettes» à Bruxelles mais en disposant déjà de cinq critères dérogatoires «extraordinaires», ils sont le symbole d’une «souveraineté» que les frontistes promettent de défendre de la même manière, si toutefois ils arrivaient au pouvoir.

Monot estime que les vrais enjeux de l’Union européenne vont au-delà de ce sommet et que finalement, si Cameron fait la une des journaux en ce moment, cela relève surtout du «marketing politique». «Il manœuvre bien», considère-t-il mais il estime que le premier ministre britannique cherche surtout à incarner une réponse aux yeux des eurosceptiques de son pays, notamment ceux situés sur l’aile dure de son parti à droite et ceux du Ukip, le parti souverainiste de Nigel Farage.

«Le Franxit sera collé au modèle du Brexit et nous réclamerons les mêmes critères que le
Royaume-Uni», clame le député FN, en dénonçant «l’austérité inutile et inefficace» imposée aux Grecs aujourd’hui, selon lui. Brexit ou pas, le problème principal étant la zone euro et sa monnaie unique «à l’agonie», les frontistes considèrent la fin de l’euro comme une simple «question de temps»puisque la politique monétaire de la BCE a «déjà» été «renationalisée». . «Je peux vous dire que la City n’est pas prête à entrer dans l’union bancaire!», ajoute Bernard Monot qui pense que Schengen est également «mort».

Si le référendum anglais, prévu au mois de juin, aboutit finalement au Brexit, le FN analysera l’événement comme une brèche ouverte vers la fin de l’UE et l’émergence de la «nouvelle Europe des nations» qu’il appelle de ses vœux. Bernard Monot a proposé d’axer le manifeste économique du Front dans deux directions: dénoncer un triangle de servitudes (euro, dette et système bancaire) et proposer une «France de Marine» basée sur le même régime dérogatoire que celui de l’Angleterre.

Jeudi, la députée FN du Vaucluse, Marion Maréchal Le Pen a interpellé Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, sur la protection des dépôts bancaires. L’Union européenne ayant rendu possible la ponction de ces dépôts au-delà de 100.000 euros, l’élue FN lui a demandé de «préciser» la «liste exhaustive» des dépôts et comptes assimilés (Livret A, PEL…) qui pourront désormais être appréhendés.

Parallèlement, siégeant au sein de la commission Taxes du Parlement européen, Bernard Monot monte au créneau en pointant les «15 à 17 milliards» de taxes perdues des multinationales ne payant pas d’impôts en France.

Selon lui, une «inquiétude» est actuellement perceptible au sein de l’UE chez plusieurs dirigeants européens tels Jean-Claude Junker, Martin Schulz, Mario Draghi mais également chez les socialistes du PPE. «Ils sont dans une impasse mais continuent à nier les effets de leurs propres choix», attaque Monot. Personnellement, il n’écarte pas la possibilité d’un «nouveau choc» financier en Europe comme le big bang de 2008. «Ce sera la recrise, pas la reprise», ironise-t-il enfin, en estimant qu’aucun «tripatouillage» des statistiques ou des paramètres de calcul du PIB ne pourra cacher très longtemps l’«extrême gravité» de la situation économique en Europe.