Les Etats doivent pouvoir faire faillite !

(…) Pour Weidmann, la BCE ne peut pas résoudre la crise !

Jens Weidmann n’est pas n’importe qui puisqu’il s’agit du patron de la Banque centrale allemande surnommé la Buba. Il est également membre du conseil des gouverneurs de la BCE.

Il a fait deux sorties forts passionnantes lors de son intervention devant les zéconomistes sérieux d’Aix en espérant que Mosco était encore là pour l’écouter car il semble avoir besoin de quelques cours de rattrapage intensif en économie, compte tenu de ses compétences et de son poste.

La BCE n’est pas en mesure de résoudre la crise de la zone euro, elle « fait beaucoup » pour « absorber les conséquences économiques de la crise. » « Mais elle ne peut pas résoudre la crise. »

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Il a parfaitement raison car la politique monétaire accommodante ou pas de la Banque centrale européenne ne pourra jamais apporter de réponse par nature politique (n’est pas Monsieur Moscovici) aux causes suivantes :

– La mondialisation doit-elle se poursuivre avec ses cohortes de délocalisations, de fermetures d’usines, de destructions d’emplois, de diminution de notre capacité à produire des richesses donc de la croissance ?
– La politique européenne de l’austérité pardon, de la « consolidation budgétaire » qui amplifie les récessions créant de la déflation dans les pays européens et in fine leur insolvabilité doit-elle être poursuivie ?
– L’euro, une monnaie unique construite pour des raisons politiques et non pas d’efficacité économique, est-il une force pour les 17 économies hétérogènes de la zone euro ? La réponse est bien sûr que non et tout le monde le sait, alors comment sortir de cette impasse monétaire ?
– Les monceaux de dettes accumulés ne pourront jamais être remboursés. Comment en sortir alors que les remboursements étouffent les peuples et des pays entiers sans aucun espoir de réussite au bout du chemin ?

Et il ne s’agit là que des éléments les plus importants, mais cette liste n’est pas exhaustive. Il y a, par exemple, un autre point essentiel qui est la raréfaction des ressources et des matières premières.

Alors non, les réponses à ces questions, nos politiques ne veulent pas les apporter car cela remettrait en cause l’ensemble du cadre établi. Prisonniers de certitudes. Prisonniers de prises de décisions automatiques répondant à des schémas pré-établis, voilà comment fonctionne notre élite, comparable à des poulets sans tête (ce qu’ils pourraient finir par devenir au sens propre du terme lorsque l’on voit le ressentiment des zéconomistes faisant partie des êtres les plus policés), ou encore à des zombies incapables d’incarner la moindre vision.

Ce que Jens Weidmann vient de dire c’est que les réponses à la crise ne peuvent être que d’ordre politique ! Tout le reste, et c’est ce que fait la BCE, c’est de l’intendance et de la gestion d’affaires courantes. L’heure des grands choix approche.

Mais ce n’est pas tout. Pour lui, les pays doivent pouvoir faire faillite !

Et l’on finit par y venir, parce que c’est une évidence, une évidence évidente depuis cinq ans. Sauf que nous y viendrons au bout du bout, qu’entre-temps cela aura coûté très cher à de trop nombreux pays, propulsant dans la faillite 17 pays au lieu de quelques petites nations périphériques.

Vous êtes en train de contempler les drames provoqués par l’incompétence crasse d’élites se sentant supérieures, par leur manque de courage, de valeurs morales et de lucidité. Tout cela nous allons le payer, nous les peuples, car oui… nous allons faire faillite. Des pays entiers vont faire faillite et croyez-moi, cela ne sera pas drôle du tout.

Voici la phrase exacte du gouverneur de la Banque centrale allemande : « Pour permettre à la monnaie unique d’exprimer l’intégralité de son potentiel économique, il faut que des efforts soient déployés sur deux fronts, celui des réformes structurelles et celui de l’abolition absolue des garanties consenties aux banques et aux emprunts souverains. » « Nous devons faire en sorte que dans le cadre d’un système de contrôle national et de responsabilité nationale, il puisse être possible qu’un emprunt souverain fasse défaut sans menacer le système financier. »

Voici en gras les deux passages les plus importants de sa déclaration. Bon, cela reste du langage codé de banquiers et de grands mamamouchis. Pour nous, les Français d’en bas, cela peut se traduire concrètement de la façon suivante :

Si une banque fait faillite et menace l’intégrité d’un État, eh bien on la laisse couler et on sauve le pays… Un peu comme les Islandais que tout le monde critique. Normal et logique, et c’est exactement ce que je pense et dis depuis le début de la crise. Si une banque est trop grosse pour être sauvée, ne la sauvons pas, en tout cas pas au détriment des peuples et de pays entiers.

Ensuite, et c’est encore plus important, il indique, ce qui est un vœu pieux et une circonvolution oratoire, qu’un emprunt souverain fasse défaut sans menacer le système financier. Cette phrase est bidon, bien entendu. Un pays comme la France ne peut pas faire faillite sans mettre un bazar indescriptible dans le « système financier mondial » ; non, l’important dans sa phrase, c’est que vous pouvez remplacer « emprunt souverain » par « pays » !

Car un emprunt souverain représente la dette d’un pays (ou une partie). Lorsqu’il dit qu’un emprunt souverain doit pouvoir faire faillite, il nous indique clairement (pour ceux qui veulent comprendre) que des pays, et pas des moindres, vont faire faillite. Sans doute après les élections allemandes du 22 septembre.

Alors de vous à moi, maintenant que les choses sont dites y compris par un mamamouchi, que les zéconomistes sérieux se fichent ostensiblement de la tête de hareng de notre sinistre de l’Économie, que le gouverneur de la plus grosse banque centrale européenne affirme que les pays doivent faire faillite, je crois qu’il est temps d’accélérer nos préparatifs.

Charles SANNAT