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Les Munichois de la guerre économique ont-ils gagné? ( et une vidéo )

Le débat sur la commande Air France amène plusieurs commentaires. C’est rare de voir autant de députés (172) et représentant presque tous les partis politiques siégeant à l’Assemblée Nationale prendre une position aussi claire sur une question symbolique portant sur l’intérêt économique de la France.

Mais ne rêvons pas, les contrefeux allumés par les supporters de Boeing et par les contacts français de l’ambassade américaine à Paris ont parfaitement fonctionné. Différents médias ont relayé les discours basiques et récurrents sur le sujet : le marché est ouvert, Airbus vend aussi aux compagnies américaines, Air France achète plus d’Airbus pour ses vols moyen courrier, la volonté d’équilibrer la commande entre Boeing et Airbus est un acte de protectionnisme économique, et sans oublier les mises en garde diverses et variées contre les risques d’un nationalisme économique exacerbé. Sans tomber dans la théorie du complot, le débat a été très vite enterré.

Reste à savoir si le gouvernement français gardera le cap suivi au début de l’affaire c’est-à-dire la décision de marquer un coup d’arrêt à notre laisser faire les autres comme ils l’entendent à commencer par nos meilleurs alliés à savoir les Etats-Unis d’Amérique (rappelons-nous les contrats perdus sur les avions ravitailleurs après un appel d’offre gagné par Airbus, sur la vente d’hélicoptères en Inde après un appel d’offre gagné par Eurocopter et finalement redonné au concurrent américain). Si nous cédons une nouvelle fois, le message sera clair et démontrera une fois de plus que la France n’a pas la capacité d’affirmer sa préservation de puissance dans un enjeu économique.

Les choses ne sont pas si simples nous dit Pierre Lellouche, le Secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur. Ce qui est simple en revanche, c’est que La France est aujourd’hui dans une situation industrielle où sa marge de manœuvre se réduit de jour en jour dans la compétition économique mondiale (voir à ce propos l’étude Xerfi qui a été rendue publique lors du colloque du 8 juin 2011 sur le nouvel ordre géostratégique et économique mondial. Quelle place pour la France ?)

L’affirmation comme quoi la seule partie que nous avons à mener est de conserver un avantage technologique sur nos concurrents est un vœu pieux. Si cette maxime se vérifie dans le court terme pour certaines entreprises, l’Histoire économique démontre que ce n’est pas le cas lorsqu’on analyse les rapports de force entre puissances sur le moyen/long terme.

Les puissances dominantes ont toujours appliqué un double langage dans le domaine des échanges en prônant l’ouverture des marchés pour les autres et en protéger leur marché intérieur autant que faire se peut. C’est l’attitude récurrente des Etats-Unis, comme celle aujourd’hui de la Chine. Cette hypocrisie fait partie de la réalité de la politique internationale. Il n’y a aucun moyen d’y échapper. Il faut se donner les moyens de tirer son épingle d’un jeu complexe où interfèrent des intérêts très divergents : recherche de rentabilité des entreprises parfois antinomiques avec les intérêts géoéconomiques de la France, vision à court terme des actionnaires sur les prises de gain, priorités données au développement territorial du pays, maintien et essor du niveau de vie de la population, résistance aux actes de prédation des puissances conquérantes… ). Par delà ces divergences d’intérêts, l’avenir de la France doit rester la priorité absolue.

La situation est trop grave pour qu’on passe sur ce constat car ce n’est plus le débat sur le « déclinisme »ou la bonne santé d’une puissance intermédiaire qui est d’actualité mais la manière dont la France va encaisser les chocs économiques et financiers à venir. Autrement dit, c’est une question de sécurité nationale comme diraient nos amis américains et chinois. Tout acte de refus de voir la réalité en face est un pas vers des affrontements qui ne seront plus économiques mais politiques et à l’intérieur du territoire. Quand les caisses de l’Etat sont vides et que les problèmes sociaux et sociétaux s’aggravent, l’issue est encore écrite en grosses lettres dans les livres d’Histoire : le système implose.

Relisons les explications sur les prémisses de la Révolution française : disette alimentaire due à des intempéries répétitives et à des mauvaises récoltes, endettement de l’Etat monarchique, retard sur la révolution industrielle, échecs des réformes politiques. Les effets multidimensionnels de la crise de 1929 sur la France sont assez démonstratifs dans leur genre : stagnation économique, politique de réarmement fortement handicapée face à l’émergence des risques de guerre de l’Allemagne nazie, crise politique intérieure larvée, défaite stratégique majeure et perte de notre statut de grande puissance en juin 1940.

Faut-il une troisième leçon de choses aussi démonstrative pour endosser les bénéfices d’un esprit munichois. Si la France ne résiste pas aux chocs à venir, elle se met en danger en termes de cohésion nationale, de sécurité publique et de niveau de développement. Ce n’est plus un type de régime, ni un statut de puissance qui sont en jeu, c’est la France dos au mur de ses contradictions, de ses querelles politiques dépassées, de son absence de courage collectif pour prendre son destin en main. Et compter sur l’homme providentiel qui saura se présenter au bon moment pour sauver la peau du peuple français, relève désormais de la roulette russe. Les Etats généraux de l’intelligence économique du 29 juin 2011 s’inscrivent dans cette volonté de trouver d’autres voies plus concrètes et moins aléatoires.

Christian Harbulot

Source

Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de Guerre Economique. Nous ne le verrez certainement jamais à la télé, et ne l’entendrez jamais à la radio. Il est trop intéressant pour attirer l’attention des bulots qui se maintiennent depuis 30 ans au sein du système politico-médiatique. Dans cette émission proposée par le site Enquête et débat, il explique ce qu’il ferait s’il était président. L’occasion de savoir ce qu’il faudrait faire en matière de stratégie économique pour sortir la France de sa situation de plus en plus catastrophique.


Si j'étais président Christian Harbulot 22… par enquete-debat

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