L’Europe va-t-elle enfin traiter la crise italienne ?

Lu sur le blog de G.Ugueux

Cela fait deux ans que ce blog tente en vain d’attirer l’attention sur l’Italie.

Lors de mes conversations avec les dirigeants européens, je faisais figure de porteur de mauvaises nouvelles. Au Moyen-Age, j’aurais été pendu haut et court.

Depuis des mois, la société de mutuelle admiration européenne ne manque pas une occasion de faire l’éloge de Mario Monti. Tout le monde minaude autour du Super Mario, qui est un « ancien » de la Commission et de Goldman Sachs, conditio sine qua non pour une carrière européenne transalpine.

Le premier ministre Mario Monti aura échoué : il n’a pas réussi à mettre en place l’austérité et a laissé filer la dette. Il aura à son actif une augmentation de 100 milliards d’euros.

Dans ce contexte, c’est l’aveuglement qui règne face à un endettement excessif ou l’absence de contrôle par le gouverneur de la Banca d’Italia, Mario Draghi, face aux manœuvres de Monte dei Paschi, soutenue par… le Partito Democratico. Celui-ci vient en tête des élections. Les problèmes sont d’une gravité qui menace l’ensemble de l’Europe, et singulièrement la France.

On vient d’apprendre que la BCE détenait dans le cadre du Securities Market Program  près de la moitié de ce programme en dette italienne : 107 milliards d’euros.

Il n’y a évidemment aucune corrélation avec le leadership de la BCE.

La menace italienne est réelle, présente et sous-estimée

L’Italie est le dernier bastion avant une déferlante contre la France. Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, est prêt à intervenir « sans limites » avec les deniers européens pour empêcher une hausse des taux italiens et espagnols. On n’est jamais servi si bien que par soi-même.

Mario Monti, Mario Draghi et le ministre des finances, Vittorio Grilli, n’ont rien fait pour restructurer la dette italienne, dont la vie moyenne est descendue d’un an à un peu plus de six ans.

En refusant de consolider au bon moment cette dette de 2 000 milliards d’euros, soit 127 % du PIB italien, l’Italie s’est lancée dans une stratégie financière suicidaire : raccourcir les échéances en empruntant a court terme.

Le résultat est inquiétant : il faudra trouver 400  milliards en 2013, soit 20 % de la dette italienne. Plus de la moitié de ce refinancement se fera sur une dette à court terme dont rien ne dit que les investisseurs sont disposés à remettre l’argent au pot. (la source de ce tableau est le site du Tesoro italien)

Une irresponsabilité à tous les niveaux

C’est tant au niveau de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne, du gouvernement de Mario  Monti et de la Banca d’Italia que l’inadmissible léthargie a servi de réponse complaisante à une situation qui aurait pu être atténuée. Le déni régnait partout.

Mais l’électorat italien, en donnant plus de 50 % des sièges sénatoriaux à deux bouffons, dont l’un est un artiste et l’autre un dépravé sexuel malhonnête, a envoyé un message dangereux. Nous sommes arrivés au stade où les politiciens italiens ont tellement perdu leur crédibilité que la commedia dell’arte est préférée à la gestion de l’Etat.

Devrons-nous rappeler à nos amis transalpins la fable de La Cigale et la Fourmi, chère à Jean de la Fontaine ? Comment un peuple qui a eu le destin de l’Europe entre ses mains dans l’Antiquité, et donne des artistes, des écrivains et des penseurs parmi les plus exceptionnels de l’Europe, a-t-il pu exprimer un tel vote de dégoût. Ce n’est même plus du populisme, c’est un rejet qui contient les ferments d’une évolution qui n’exclut pas l’insurrection.

La crise souveraine européenne est devant nous, pas derrière

Dans ce contexte, il ne nous reste plus qu’à attacher nos ceintures. Wall Street a perdu 200 points sur les nouvelles des élections italiennes : c’est l’ensemble des économies mondiales qui sont concernées.

Personne n’a les moyens d’enrayer une vente massive de dette italienne. Elle entraînerait avec elle l’entièreté de l’Europe, et plus encore.

Les calamars grecs n’étaient qu’un hors-d’œuvre. Maintenant arrive le plat de résistance : les pâtes italiennes. Elles sont six fois plus lourdes à digérer.