Libye : l’État islamique exécute des chrétiens venus d’Éthiopie

Une vidéo, montrant l’assassinat d’au moins 28 hommes présentés comme des Éthiopiens, a été diffusée dimanche par des sites djihadistes.

Les victimes sont présentées comme des chrétiens d’Éthiopie. L’État islamique a diffusé dimanche via des sites djihadistes une vidéo montrant l’exécution d’au moins 28 hommes. La scène s’est déroulée en Libye, deux mois après l’assassinat de 21 chrétiens coptes, qui avait provoqué une réaction armée du Caire. Cette nouvelle vidéo dure 29 minutes et les images montrent deux groupes de «fidèles de l’Église éthiopienne ennemie». Au moins 12 hommes d’un premier groupe sont égorgés sur une plage tandis qu’au moins 16 d’un second groupe sont tués par balles à bout portant dans une zone désertique indéterminée.

L’enregistrement porte le logo de l’État islamique. La mise en scène présente des similarités avec la précédente vidéo de la décapitation des 21 coptes. Les 12 hommes, vêtus de combinaisons orange, sont amenés sur une plage avant d’être couchés au sol et décapités au couteau. Un homme habillé en noir s’exprime en anglais alors que les autres bourreaux, un derrière chaque prisonnier, sont intégralement vêtus de treillis militaires et silencieux. Tous sont masqués. L’orateur, qui brandit un pistolet, menace les chrétiens s’ils ne convertissent pas à l’islam. Les images des exécutions concluent la vidéo. Auparavant, des hommes présentés comme des chrétiens de Syrie expliquent que les djihadistes leur avaient donné le choix entre se convertir à l’islam et payer. Ils ont pour leur part choisi de donner de l’argent.

Le chaos libyen

L’État islamique cible pour la première fois des ressortissants de l’Éthiopie. L’ambassade de ce pays en Égypte tentait dimanche d’obtenir la confirmation de la nationalité éthiopienne des victimes. Ce pays est situé au sud-est de la Libye et séparé par le Soudan. De nombreux Éthiopiens quittent leur pays pour aller chercher du travail, notamment en Libye, où la main d’œuvre étrangère était nombreuse avant que le pays ne tombe dans le chaos à la suite de la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Des Éthiopiens rejoignent aussi la Libye pour tenter de rejoindre l’Europe par la mer. Environ les deux tiers d’entre eux sont chrétiens, la majorité d’entre eux étant des coptes orthodoxes, une communauté qui affirme être présente dans la Corne de l’Afrique depuis le Ier siècle.

Addis Abeba a «condamné fermement de telles atrocités, qu’elles concernent des Éthiopiens ou d’autres nationalités», a déclaré à l’AFP le ministre de la Communication, Redwan Hussein. La Maison-Blanche évoque de son côté un «massacre brutal» et appelle urgemment au «règlement politique du conflit» en Libye. Le groupe ultraradical a pris pied l’an dernier dans le pays en profitant du désordre dans ce pays livré aux milices et dirigé par deux gouvernements rivaux. Il contrôle notamment des zones dans la région de Syrte, une ville côtière située à 450 km à l’est de Tripoli. Daech a déclaré un califat sur les pans de territoire syrien et irakien sous son contrôle et y multiplie les exactions.

L’ONU tente depuis mars une médiation entre les deux pouvoirs rivaux libyens. Le médiateur de l’ONU, Bernadino Leon, a assuré dimanche qu’«un accord final» devant aboutir à un gouvernement d’union nationale était désormais «très proche».

(Avec AFP)