Limiter l’immigration pour ménager l’environnement?

Les Suisses se prononceront le 30 novembre sur l’initiative Ecopop qui vise à limiter à 0,2% la croissance de la population, soit à 17’000 personnes par an. Tous les partis y sont opposés, mais l’objet pourrait créer la surprise.

Que veut l’initiative ?

Le texte «Halte à la surpopulation – oui à la préservation durable des ressources naturelles» d’Ecopop (pour «ECOlogie et POPulation», association fondée en 1986) s’articule autour de deux volets. D’abord il veut plafonner à 0,2% (soit 2x plus que la situation en Allemagne et en France et plus que l’UE dans son ensemble) la croissance annuelle de la population due à l’immigration. Ce taux représente environ 16 à 17’000 étrangers par année contre plus de 80’000 aujourd’hui. Deuxième point : l’initiative demande parallèlement que 10% de l’aide au développement soit affectés au contrôle des naissances dans les pays pauvres. Ce qui représente quelque 150 millions par an.

Quels sont les arguments des initiants?

Ecopop veut contribuer à une qualité de vie durable en Suisse. Or pour les initiants, l’augmentation de la population a un impact négatif sur l’environnement et la Suisse fonce dans le mur si elle ne stoppe pas sa croissance. Ils brandissent le spectre d’un pays à 12 millions d’habitants (contre 8 aujourd’hui). Avec des conséquences catastrophiques sur le trafic, le logement, les besoins en énergie, etc. Ils rappellent que chaque seconde, le terrain bâti gagne 1 m2. Et que 100’000 personnes supplémentaires par an (soit le nombre d’habitants en plus en Suisse en 2013) représentent la taille d’une ville comme Winterthour. Pour eux, la Suisse vit donc au-dessus de ses moyens et, comme elle consomme 4 à 5 fois ce qu’elle peut produire, il faut inverser à tout prix cette tendance. En outre, les autres partis – dont les Verts – se concentrent sur les économies et l’efficacité énergétique mais oublient l’empreinte écologique causée par la hausse de la population.

Quelle est la réalité des chiffres de l’immigration?

En 2013, la Suisse comptait 8,14 millions d’habitants, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique publiés fin septembre. Un chiffre en hausse de 1,3%, ce qui fait de notre pays un des pays les plus dynamiques en matière de démographie sur le plan européen. Le nombre des personnes ayant rejoint la Suisse l’an dernier s’est élevé à 193’300 (+10,5% par rapport à 2012), dont 167’200 étrangers (10,8%). Dans l’autre sens, quelque 106’200 personnes ont quitté le territoire (+2%). Le solde migratoire est donc positif pour les étrangers (+89’500 personnes). A noter que depuis le début du 20e siècle, l’effectif de la population a plus que doublé: nous n’étions en effet que 3,3 millions en 1900.

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Allier écologie et immigration, c’est nouveau?

Non. Dans les années 80, un conseiller national bernois, Valentin Oehen, chef de file du mouvement xénophobe Action nationale et l’un des membres fondateurs d’Ecopop au début des années 70, avait été l’un des premiers à faire le lien entre écologie, immigration et croissance démographique. En 1984, le peuple suisse s’était même prononcé sur un texte proche de celui d’Ecopop et lancé par Action nationale, «contre le bradage du sol national». L’initiative avait été refusée de peu, à 51,1%.

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