Mafia PS : Le document choc qui inquiète le PS du Pas-de-Calais

Lu sur le figaro

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Dans le sévère réquisitoire que vient de conclure le parquet de Béthune, dont Le Figaro a pris connaissance, le procureur met à nu le fonctionnement délirant d’une mairie dans laquelle les fausses factures, les commissions et surfacturations se ramassent à la pelle. Il demande le renvoi en correctionnelle de 21 personnes, dont le maire, pour lequel la liste des charges occupe à elle seule pas moins de six pages – faux, usage de faux, détournement de fonds publics, nombreuses factures supportées indûment par la commune.

Mais il implique également lourdement plusieurs personnalités PS du Pas-de-Calais, détaillant les troubles liens d’affaires qu’entretenaient entre eux ces acteurs politiques… Ainsi de Claude Chopin, cheville ouvrière de la mairie, un homme qui a vu défiler plusieurs édiles sous son règne à Hénin-Beaumont, et de Jean-Claude Bouche, fournisseur de la mairie mais aussi socialiste impliqué de longue date dans la vie locale.

Voyages en avion privé

Le document fait aussi apparaître noir sur blanc«un climat mafieux», écrit le parquet, entretenu par un sulfureux personnage venu se greffer dans le Pas-de-Calais. L’homme, apporteur d’affaires à la mairie, qui extorque régulièrement des dizaines de milliers d’euros à ses interlocuteurs, porte l’improbable patronyme de Guy Mollet (sans lien avec la famille de l’ancien dirigeant de la SFIO).

Le réquisitoire égrène les contrats passés avec la mairie dont les enquêteurs remettent régulièrement en cause les conditions, l’effectivité ou, dans le meilleur des cas, l’utilité – la juge d’instruction a estimé de 900 000 à 4 millions d’euros les sommes litigieuses. Il y a ces voyages en avion privé, ou ces multiples marchés passés avec des entreprises toujours désireuses d’acquérir au prix fort de pleines pages de publicité dans le Journal du pays.

L’une d’entre elles – une société belge – parvient même à facturer à la mairie des services en lien avec le journal, avant même d’être créée. Un détail, quasiment, au regard des manipulations comptables hors normes et faux en quantité impressionnante que découvrent les enquêteurs.
Se soustraire au Code des marchés publics

De façon quasi systématique, les marchés sont «saucissonnés», une technique classique qui consiste à subdiviser le montant des commandes afin de se soustraire au Code des marchés publics. Les contrats de surveillance («surveiller les pissenlits revenait cher», ironise un conseiller municipal auditionné), celui du nettoyage, les illuminations de Noël, l’éclairage… tout y passe. Les factures antidatées sont si fréquentes que les personnes interrogées par les enquêteurs ne prennent souvent plus la peine de les nier.

Car l’essentiel ne se situe sans doute pas là. Si la lecture du réquisitoire semble démontrer que la mairie d’Hénin-Beaumont avait pris le pli de choisir les fournisseurs les plus généreux, elle ne permet pas d’identifier clairement ni l’ensemble des décisionnaires ni, surtout, les bénéficiaires de cette éventuelle corruption. Pour sa défense, l’ancien maire renvoie vers ses services et essentiellement sur son premier adjoint Claude Chopin, de fait signataire de nombreuses factures. Même lorsqu’il a lui-même paraphé, le maire explique ne pas avoir été informé. Manifestement, il n’a pas convaincu le parquet.

Mais pour les magistrats qui le jugeront en correctionnelle, il affûte d’autres arguments: il entend combler les creux de l’enquête – par exemple, mettre en lumière ces mystérieux voyages au Luxembourg.