Politique

Mali : une guerre qui en cache une autre par Bernard Lugan

par Bernard Lugan, universitaire africaniste, directeur de L’Afrique réelle

Au Mali, deux guerres sont en cours :

– La première qui concerne les seuls Touaregs est menée par le MNLA. Son but est l’indépendance de l’Azawag, la terre touareg, ce qui passe par la partition du Mali.

– La seconde est menée par un petit mouvement islamiste du nom d’Ansar Dine dont l’objectif est totalement différent puisqu’il veut contrôler tout le Mali pour y instaurer la charia. Même s’il est dirigé par un Touareg Ifora, tribu qui fournit l’essentiel des troupes du MNLA, Ansar Dine est composé de sahéliens de diverses ethnies et d’abord d’Arabes sahariens comme les Chamba, les Reguibat ou les Maures. En effet, les Touaregs ne peuplent pas tout le Sahara, mais seulement sa partie centrale, tout l’ouest du désert jusqu’à l’Atlantique étant une zone arabe ou arabisée.

Tombouctou est considérée comme hors du territoire touareg, la capitale de l’Azawag étant Kidal. C’est d’ailleurs pourquoi le MNLA qui a une force militaire supérieure à celle d’Ansar Dine, a laissé la ville à ce dernier qui fait désormais tampon entre ce qui reste d’armée malienne et le territoire touareg « libéré ».

L’évolution de la situation va dépendre des réponses qui seront données aux questions suivantes :

1) Depuis Tombouctou, Ansar Dine va-t’il tenter de remonter le Niger jusqu’à Mopti, Ségou et au-delà jusqu’à Bamako ? Mais avec quelles troupes ? Quant aux Etats voisins, vont-ils laisser le sud du Mali passer sous la coupe d’islamistes ?

2) Combien de temps l’alliance de circonstance entre le MNLA et Ansar Dine peut-elle tenir ?

3) Ne sommes-nous pas en réalité face à une habile manœuvre d’ « enfumage » mise au point par les chefs des deux mouvements et dont le but serait d’attirer l’attention sur les islamistes afin de crédibiliser la revendication touareg ?

Quoiqu’il en soit, la seule politique réaliste consiste à prendre en compte la division de l’Etat sans Nation qu’est le Mali, mais tout en évitant la contagion islamiste. Or, et je le redis une fois de plus, une telle politique passe par un appui donné aux Touaregs. Faute de quoi, acculés, ils basculeront du côté des groupes islamistes et la situation dans tout le Sahara ainsi que dans l’ensemble sahélien deviendra alors ingérable.

Une situation à suivre.

Voir aussi:

Du Mali à la Libye, la recomposition de l’Afrique sahélo-saharienne est en cours.