Économie, Écologie...

Manche. Les salariés « low cost » investissent les chantiers

Moins chers, les travailleurs étrangers gagnent la Manche. Certaines entreprises n’hésitent plus à les embaucher. Souvent à la limite de la légalité.

Des salariés au rabais ?

Le « low cost » gagne du terrain. Après l’avion ou l’automobile, les salariés eux-mêmes subissent désormais la pression de la rentabilité. Le marché de l’emploi dépasse aujourd’hui les frontières et met en concurrence l’ensemble des travailleurs européens.

Le phénomène, longtemps circonscrit aux zones frontalières, touche dorénavant le département. « Il n’y a plus un chantier où l’on ne rencontre des travailleurs étrangers. Ça nous affole », reconnaît l’Urssaf de la Manche. Pour décrocher des marchés, certaines entreprises tirent en effet les coûts vers le bas. Leur variable d’ajustement consiste à employer des travailleurs étrangers, moins chers.

Aucun secteur n’est aujourd’hui épargné. BTP, poulaillers industriels, franchises de prêt-à-porter, opticiens, assureurs, installateurs de panneaux photovoltaïques : la liste semble longue et loin d’être exhaustive. Dans le Sud-Manche, une maison de retraite a récemment été épinglée pour l’emploi de Slovaques. Ce personnel soignant n’était pas déclaré dans son pays d’origine.

Le chantier de l’EPR

Le phénomène a longtemps été circonscrit à ce type de chantier, démesuré. Jusqu’à un millier de travailleurs étrangers travailleraient à la construction de l’EPR de Flamanville. Des Roumains, Polonais ou Portugais parachutés pour quelques semaines dans le Nord-Cotentin. Bouygues, qui pilote une partie des travaux, justifie cette situation par le manque de main-d’oeuvre locale.

L’un des sous-traitants de la major du BTP a ainsi été épinglé en juin 2011. La société Atlanco est depuis accusée de « travail dissimulé ». Quatre-vingts salariés polonais n’auraient pas bénéficié de la protection sociale légale. Cette entreprise de travail temporaire se présente comme « un leader des services de mains-d’oeuvre à valeur ajoutée ». Derrière ces mots : des salariés probablement peu protégés.

Depuis, « la situation s’est assainie », à en croire Jack Tord, coordonnateur CGT sur le chantier de l’EPR. « Vigilante », l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) _ responsable des contrôles _ affirme qu’elle a pris les choses en main. Quatre inspecteurs s’occuperaient de cette question. Chaque mois, quatre jours d’inspection seraient programmés à Flamanville.

Pour la grande distribution aussi

Autre chantier, celui de l’hypermarché Carrefour, à Cherbourg. Une entreprise sous-traitante a été prise en défaut la semaine dernière par l’Urssaf de la Manche. Spécialisée dans l’électricité, celle-ci n’employait pas de salariés français sur le site. Elle sous-traitait elle-même son activité à une société basée en Roumanie. Sauf que les deux entreprises appartenaient à la même famille. Père et fils, Français, géraient ces deux sociétés.

Ce montage juridique – « une coquille vide » – leur permettait de frauder les cotisations sociales. Près de soixante travailleurs roumains ont ainsi été comptabilisés par l’Urssaf sur le chantier de Carrefour. Une affaire qui lui aura demandé « près de trois mois d’investigation ».

Fin juillet, à La Glacerie, près de Cherbourg, une entreprise sous-traitante travaillant pour l’enseigne Auchan a connu le même sort. Employée sur l’agrandissement du magasin et la création du drive, elle avait, là aussi, été taxée de « travail illégal ».

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