Politique,  vidéo

Marine Le Pen à front renversé (radio)

Lu sur France Info

« Il n’est pas capable de faire régner la sécurité à Marseille, et il veut envoyer des missiles à Damas » ! Voilà d’une phrase comment Marine le Pen et sa garde rapprochée résument la situation, largement évoquée hier lors du bureau politique de rentrée du FN, qui s’est réuni au siège du parti à Nanterre. Le propos est éminemment populiste, diront certains : la guerre civile en Syrie est une réalité, sans rapport avec nos problèmes d’insécurité, mais l’argument va faire mouche dans les couches populaires, étranglées par les méfaits de la crise.

Ce que dit Marine le Pen sur la Syrie

« Nous n’avons pas varié depuis le premier jour, nous sommes contre une intervention », explique la patronne du Front National, « François Hollande est parti dans une gigue politique, un coup il attaque les islamistes au Mali, un coup il les soutient en Syrie, il devient inquiétant ».

Marine le Pen n’a pas été reçue par Jean-Marc Ayrault hier

Elle ne dirige pas de groupe parlementaire, elle qui a pourtant pesé l’an dernier près de 18% à la présidentielle. La présidente du Front national accuse du coup les leaders du PS et de l’UMP de faire une rentrée politique délirante : « Ce sont des carnassiers qui se dévorent entre eux, dit-elle. Valls-Taubira-Ayrault, Copé-Fillon-Sarkozy, ils donnent une image déplorable de la vie politique transformées en petit théâtre des ambitions ». A défaut d’être consultée à Matignon, Marine le Pen affirme que le FN est en ordre de marche pour les municipales, qu’il est uni et qu’il a un chef incontesté. Ironie de l’histoire, une autre voix forte qui s’est exprimée la semaine dernière contre des frappes en Syrie n’a également pas été entendue hier, celle de Jean-Luc Mélenchon.

Les deux se rejoignent dans le refus de punir Bachar El-Assad

Oui, mais à fronts renversés. Marine le Pen s’inscrit dans la tradition d’une extrême droite pro-arabe, jadis adversaire d’Israël. Son père Jean-Marie le Pen, fort de ses amitiés irakiennes, s’était opposé à la guerre contre Saddam. Une filiation idéologique que réfute sa fille, qui ne se dit plus « d’extrême droite » et estime que le conflit syrien oppose, selon ses mots, « les arabes entre eux ». Et que les printemps arabes font la part belle à un islam radical. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son opposition rappelle ce temps pas si lointain où le Parti communiste de Georges Marchais était lié à l’URSS – la Russie aujourd’hui soutient le régime syrien – et s’inscrit dans une tradition pacifiste de l’extrême gauche. Là encore, un héritage réfuté par le Front de Gauche, pour qui un engagement contre Bachar ne ferait simplement qu’ajouter au chaos.

Au final, cette séquence va-t-elle profiter à Marine le Pen ?

Oui. Les partis politiques aujourd’hui se saisissent d’un débat qui leur permet d’exister mais sur lequel ils n’ont pas de réel pouvoir. Il en va de la riposte en Syrie comme du mariage pour tous : le sujet est puissant, « clivant », il occupe jour après jour le paysage politique sur tout son spectre, au point d’exaspérer les Français. Pendant ce temps, « nous préparons scientifiquement la suite », reconnaît Louis Aliot, le numéro 2 du FN, sur les retraites, les impôts, l’insécurité, tout ce qui apporte de l’eau à un moulin frontiste qui tourne désormais à plein régime.

Prêchi Prêcha radio Prêchi Prêcha radio
LIVE OFFLINE