Marine Le pen s’exprime sur le foot dans le magazine Onze Mondial

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À quelques semaines de l’Euro en France, Marine Le Pen nous a accordé un entretien exclusif afin de nous livrer sa vision du football et celle du parti qu’elle représente. Il est d’ailleurs important de signaler que la présidente du Front National est la seule, de toutes les personnalités politiques de tous bords que nous avons contactées, à avoir accepté de répondre à nos questions.

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Le football est un business géré par des entreprises de droit privé. Dès lors, n’est-il pas normal et même légitime qu’il soit soumis aux mêmes lois du marché que n’importe quel autre secteur d’activité ?

Peut-on se satisfaire que le football soit devenu un business ? On voit là les dérives effrayantes de l’ultra-financiarisation des activités sportives, où on ne parle plus que de profits, de gains commerciaux, de retour sur investissement mais très peu de sport. Nul ne remet en cause les lois du marché, du moment qu’elles ne remettent pas en cause ce qui fait la beauté du sport, la glorieuse incertitude du résultat. Quel est l’intérêt d’un championnat de France où un club, propriété d’un Etat aux moyens financiers illimités, est champion à 8 journées de la fin de l’épreuve avec plus de 20 points d’avance sur le deuxième ? Nous aboutissons aujourd’hui à cette situation inédite où le classement final ne se fait plus sur des critères sportifs, mais uniquement financiers. C’est d’un point de vue éthique parfaitement regrettable.

Le PSG sous pavillon qatari est un sujet sur lequel le FN a un avis particulièrement tranché, en parlant notamment « d’émirat islamiste du Qatar ». Vous-même avez déclaré que cela vous gênait que le Qatar ait acheté le PSG. Pouvez-vous développer ce point de vue ?

Le principe même qu’un Etat étranger se rende propriétaire d’un club qui appartient au patrimoine sportif d’une ville et d’une région n’est pas acceptable. Cela l’est d’autant moins quand cet Etat est une dictature aux liens les plus troubles avec les mouvances islamistes qui déstabilisent les Proche et Moyen-Orient, quand ce même Etat a été qualifié par la confédération syndicale internationale de «pays esclavagiste», suite à la mort de dizaines d’ouvriers étrangers travaillant dans des conditions inhumaines sur les chantiers des stades de la Coupe du Monde, dont l’attribution est elle-même entachée par de très sérieuses accusations de fraudes et d’irrégularités…. Il faudrait qu’on m’explique comment ceux qui ont protesté contre l’organisation des J.O d’Hiver à Sotchi au nom de la défense des droits de l’homme, s’assoient ouvertement dessus quand il s’agit du Qatar. L’entrisme de cet émirat dans notre pays se fait tous azimuts : sport, banlieues, grandes entreprises, patrimoine culturel… c’est particulièrement inquiétant et totalement irresponsable de la part du PS comme des amis de Nicolas Sarkozy de l’avoir permis et encouragé, notamment par de multiples exonérations et privilèges fiscaux.

« Le football a déjà payé cher cette ouverture inconséquente aux capitaux à l’origine douteuse ou peu fiables »

Est-ce aussi le cas pour un club comme Monaco, propriété d’un oligarque russe, ou Sochaux, désormais dans le giron chinois ? Plus généralement, êtes-vous contre l’arrivée d’investisseurs étrangers quels qu’ils soient dans le foot français ?

La mainmise d’investisseurs étrangers, dont certains sont des mercenaires financiers ou les intermédiaires d’intérêts étatiques, ne sert pas le football français et l’expose à de graves difficultés. On le voit aujourd’hui avec le RC Lens, dont la survie dépend du bon vouloir de son obscur propriétaire azerbaïdjanais. Or, le football a déjà payé cher cette ouverture inconséquente aux capitaux à l’origine douteuse ou peu fiables, avec la disparition des clubs de Grenoble et de Strasbourg, rayés de la carte du football professionnel. Il ne faut pas oublier que derrière l’aspect sportif, il y a hors effectif, des dizaines de salariés et leurs familles qui ont été à chaque fois sacrifiés et dont personne ne se soucie guère. Si nous continuons sur la voie de ce football-business, d’une marchandisation encore plus prononcée, nous dériverons vers un système à l’américaine, de ligues fermées, où les clubs ne seront plus que des franchises commerciales guidées par le seul l’intérêt financier. Je ne veux pas de cette captation de notre patrimoine sportif collectif.

Les investisseurs français étant réticents à s’engager dans le football, les clubs français n’ont d’autre choix pour survivre que de se vendre à des groupes ou des magnats étrangers…

Il faut donc réfléchir à une nouvelle approche permettant aux clubs français de retrouver une économie saine et durable, ainsi qu’un accroissement de leur compétitivité économique et sportive. Quels sont les maux qui rongent le football français ? Déficits croissants des clubs, explosion de la masse salariale et des montants des transferts des joueurs, dépendance inquiétante aux droits télévisuels, déséquilibre financier entre les clubs. Or, depuis la financiarisation accélérée de ce sport, les problèmes se sont accrus. Il est donc vital d’explorer d’autres pistes. Je pense notamment à celle de l’actionnariat populaire en vigueur dans d’autres pays, qui constituerait un garde-fou contre la folie des grandeurs de certains propriétaires et permettrait de renforcer l’ancrage local des clubs. De même, on peut réfléchir à une taxation des transferts permettant une meilleure redistribution au profit des clubs les moins nantis, une limitation des effectifs professionnels, la transparence des montages financiers mis en œuvre pour les transferts, ou encore un plafonnement de la masse salariale appliqué dans d’autres sports.

Les fédérations sportives sont autonomes, mais existe-t-il des mesures – sur le plan économique ou sur celui des critères d’accession à la sélection nationale par exemple – que vous aimeriez prendre si vous accédiez au pouvoir ?

Le concours financier de l’Etat via les dotations aux fédérations n’est pas négligeable et lui donne le droit d’impulser une politique conforme à l’éthique sportive et à une meilleure gouvernance. Soucieux de préserver l’équilibre des finances publiques et l’équité des compétitions sportives, le Front National propose une approche pragmatique et évolutive des subventions au sport professionnel s’articulant autour de 3 grands principes: la suppression des subventions publiques aux clubs professionnels détenus majoritairement par un actionnaire étranger ; l’octroi des subventions doit être conditionné à la présence sur la feuille de match de plusieurs joueurs issus des centres de formation ou originaires de la région, afin de renforcer l’identité et l’enracinement local des clubs ; le concours financier des collectivités locales doit assurer et renforcer les mécanismes de solidarité entre les clubs professionnels et amateurs.

Par ailleurs, il me paraît essentiel, au moment où le football est gangrené par la montée des revendications communautaristes, de prendre des mesures extrêmement fermes parmi lesquelles l’interdiction de tout prosélytisme religieux au sein des structures sportives, et l’exclusion des fédérations dépendant du ministère des Sports des associations sportives à caractère communautariste.