Marion Maréchal-Le Pen : « Sur l’euro, on ne va pas tout casser du jour au lendemain »

Le Point : Le Front national entre en séminaire ce week-end pour tirer les leçons des régionales. Qu’en attendez-vous ?

Marion Maréchal-Le Pen : J’en attends un bilan d’étape avant la présidentielle. Manifestement, vu le barrage subi au deuxième tour, le Front national déclenche encore des peurs infondées auprès d’une partie des électeurs. À nous de décortiquer ces peurs et de les surmonter en ajustant notre discours. Les personnes âgées, notamment, nous échappent. Bien souvent, elles partagent nos convictions sur la défense de l’identité française, mais nous subissons de leur part un blocage sur notre crédibilité économique, notamment au sujet de l’euro.

Le FN va-t-il être amené à changer son fusil d’épaule et à prôner le maintien de l’euro ?

Sur l’euro, on ne va pas tout casser du jour au lendemain. L’euro n’est pas l’alpha et l’oméga de nos problèmes et sa suppression n’est pas non plus l’alpha et l’oméga de nos solutions. Nous devons mettre en avant bien d’autres réformes structurelles tout aussi indispensables et qui sont un préalable : le rétablissement de nos comptes publics, la réforme du droit du travail, la réforme du statut des fonctionnaires, la réforme fiscale, la simplification administrative. Quand ces réformes auront été accomplies, nous serons alors en position d’une sortie concertée de la zone euro sans nous mettre à la merci de nos créanciers.

Marine Le Pen annonce pourtant depuis un certain temps que, si elle est élue en 2017, elle proposera aux Français un référendum six mois plus tard pour le rétablissement de quatre souverainetés, dont celle de battre monnaie…

Non, ce qu’elle propose, c’est une stratégie à la Cameron. Elle veut négocier avec l’Union européenne de nouveaux traités comme le font nos voisins britanniques et quelques autres et qui obtiennent, avec succès, en tapant du poing sur la table des traités sur mesure. Ce n’est qu’en cas d’échec de cette négociation que Marine Le Pen envisage de soumettre aux Français une sortie de l’Union européenne par référendum. Pour autant, cela ne veut pas forcément dire que la France quitterait l’euro. Peut-on sortir de l’union politique tout en gardant provisoirement l’euro qui serait alors une monnaie commune ? C’est un point que nous devons travailler.

L’euro, c’est la dernière porte pour gagner l’électorat de la droite, n’est-ce pas ?

Je pense que nos marges de progression se situent sur l’électorat de droite. Dans le Vaucluse, si nous avons obtenu la majorité absolue, c’est parce qu’on a tué l’UMP. Je ne dis pas que la France est à l’échelle du Vaucluse, bien sûr, mais il faut savoir à qui on s’adresse.

Pour autant, ma conviction profonde est que l’euro demeure une monnaie défaillante, car, pour qu’elle fonctionne convenablement, il faudrait mettre en place un gouvernement économique capable de fonctionner dans un fédéralisme à l’américaine. Cela impliquerait entre les États de la zone euro des transferts d’argent qui se compteraient en centaine de milliards d’euros… C’est assez utopique quand on voit le psychodrame qu’a été le feuilleton grec alors qu’il ne s’agissait pour les États que de se porter caution pour la Grèce…

Ce séminaire du FN sera-t-il l’occasion pour vous de remettre en question la ligne défendue par Florian Philippot ?

Je n’en fais pas du tout une question de personne. Ce n’est pas mon état d’esprit. Nous avons tous eu les mêmes remontées du terrain. Pour utiliser un terme de gestion, il s’agit seulement d’identifier où est notre « part de marché ».

Vous assistez au débat sur la révision constitutionnelle, sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Marine Le Pen avait approuvé la déchéance après le discours de Versailles de François Hollande. Est-ce toujours le cas ? Et voterez-vous cette révision ?

Nous avions approuvé les annonces du président Hollande qui avaient pour but d’étendre la déchéance aux terroristes binationaux nés français. Nous espérions d’ailleurs qu’on lèverait les barrières temporelles qui s’appliquent aujourd’hui à ceux qui ont acquis la nationalité et qui ne peuvent perdre celle-ci que dans les 15 ans qui suivent les actes. Mais ce n’est plus du tout ce qu’on nous propose aujourd’hui. Ce qu’on nous propose, c’est au contraire de restreindre les conditions de la déchéance puisque la révision reviendrait à rendre inconstitutionnels les articles 23-7 et 23-8 du Code civil.

Le gouvernement s’en remet à un juge pour la déchéance, ce qui est une manière de s’en laver les mains. On sait bien, au bout du compte, que cette déchéance ne sera jamais prononcée. En fait, une simple loi aurait permis d’étendre la déchéance de nationalité. Je ne vois pas non plus l’utilité de la constitutionnalité de l’état d’urgence.

C’est en fait une nouvelle opération de communication. Pendant ce temps, on ne parle plus du rétablissement du contrôle aux frontières, qui avait été pourtant annoncé. On ne parle plus non plus de la fermeture des mosquées salafistes. Donc, en l’état, je ne vais pas voter le texte.