Marion Maréchal Le Pen : « Si vous continuez à fermer les yeux, vos enfants en paieront le prix ! »

On a le sentiment ces derniers jours queMarine Le Pen se « droitise ». On l’a vu lors de L’émission politique, où elle a parlé de l’école libre par exemple. Est-ce une petite victoire de la ligne Marion Maréchal ?

Je ne crois pas qu’il faille l’analyser ainsi. Cela a été surtout une possibilité pour Marine Le Pen de clarifier ses positions. C’est une émission de deux heures et demie, on a pu aller au fond des choses et éviter les caricatures – il y en a beaucoup, souvent construites par nos adversaires de droite. Caricature sur l’augmentation du SMIC qui n’a jamais été dans le programme du Front National, caricature sur la mélenchonisation du programme économique qui est complètement absurde lorsqu’on s’y penche attentivement. Caricature, aussi, concernant une prétendue laïcisation des espaces publics qui ferait fi des racines chrétiennes de la France alors que précisément nous souhaitons dans la constitution remettre en avant et protéger ce patrimoine chrétien de la France… Ces nombreuses outrances ont été battues en brèche lors de cette émission et c’est heureux.

Au sein du FN, vous êtes celle qui a toujours plaidé pour la politique de la main tendue vers ce que l’on appelle communément la droite hors-les-murs. Le soutien inattendu apporté par Philippe de Villiers, dimanche dernier, à Marine Le Pen (je le cite : « elle a la carrure présidentielle, sa main ne tremblera pas lorsqu’il faudra prendre des décisions douloureuses »)… c’est votre œuvre ?

Je n’y suis pour rien, même si j’ose espérer que les relations privilégiées que j’ai nouées avec Philippe de Villiers ces derniers mois ont pu constituer un premier pas vers cette déclaration. À mon avis, la condition de la victoire de Marine Le Pen sera l’alliance du peuple de droite au sens large, des classes populaires au sens large, avec une partie de la droite conservatrice, incarnée notamment par ce que l’on qualifie de droite hors-les-murs et de personnalités comme Philippe de Villiers. L’enjeu principal de cette campagne est de réussir précisément à briser l’isolement et à ramener à nous un certain nombre de personnalités de droite.Marine Le Pen en a cité quelques-unes comme Nicolas Dupont-Aignan, Henri Guaino, ou certains députés qui ne sont plus vraiment dans la ligne politique des Républicains.

Henri Guaino a refusé cette main tendue puisqu’il a dit qu’il irait à la pêche en cas de second tout Macron – Le Pen…

C’est ce qu’il dit maintenant, mais j’ose espérer qu’il sera ramené à la raison si la France se retrouve face à un candidat mondialiste, libertaire, ultra-libéral comme Macron ou un extrémiste de gauche comme Hamon ou Mélenchon. Ces élus qui sont, j’en suis sûre, des élus de conviction, sauront faire le bon choix le moment venu.

Cette alliance entre la France périphérique et la France conservatrice, dites-vous, est la condition nécessaire à votre victoire, ou en tous cas à la victoire de la droite au sens fort du terme : est—ce que l’opposition n’est pas, finalement, artificielle ? Est-ce que la France périphérique, habitée par une inquiétude identitaire, n’est pas aussi conservatrice ?

Il y a des aspirations communes mêlées. Mais on constate une rupture, surtout sociologique, entre la droite conservatrice, dite bourgeoise – pas dans le mauvais sens du terme – dont les enfants sortent plutôt de grandes écoles, et cette France déclassée, des classes moyennes en difficulté, voire des classes populaires. Les préoccupations du quotidien ne sont pas les mêmes, mais il y a en effet une aspiration identitaire des deux côtés : la question immigration ou sécurité, la plus prégnante chez les classes populaires, est évidemment identitaire – on refuse la disparition de la culture française au profit d’une culture étrangère – mais la question de la lutte contre le mariage homosexuel ou contre la GPA ou la PMA est aussi un combat identitaire, puisque l’identité de la France, c’est aussi l’idée que l’on se fait de la dignité humaine, du respect de l’enfant, de sa filiation, de son enracinement. Ces deux classes sociologiques se retrouvent dans ce grand combat, qui est cohérent.

Elles peinent néanmoins à se reconnaître !

Oui et non. Les dernières élections ont révélé que les lignes avaient bougé. Les analyses du vote catholique en France montrent que nous étions, aux régionales, le premier parti dans cette tranche de population, alors qu’elle était l’une de celle qui nous résistait le plus. Les catholiques en France sont en train de se politiser La Manif Pour Tous est une génération très politique. Pendant très longtemps, chez les catholiques de France, notamment traditionalistes, l’idée de la pureté a dominé : on défendait les idées de façon totalement pure, sans aucun stratagème politique quand bien même l’efficacité ne serait pas au rendez-vous : on était bien avec son âme et avec sa conscience, ça suffisait. Je crois que la génération de la Manif pour tous n’est pas du tout dans cette optique-là, elle a compris qu’il fallait en politique s’adapter à l’environnement, utiliser ses codes et à ce titre être plus efficace. S’adapter ce n’est pas renoncer, leur capacité d’adaptation et de pénétration du paysage politique français portera ses fruits. Il porte déjà ses fruits.

Macron a donné l’occasion aux deux France dont vous parliez de s’unir dans la même indignation ?

Je dois dire qu’il a été « génial » de bout en bout ! Conclure ses propos à des harkis et des pieds-noirs par « Je vous ai compris »… c’est quand même très fort. Manifestement, il n’y a pas de cours d’histoire chez Rothschild.

Quand Marine Le Pen ou Florian Philippot disent « oui, nous reviendrons sur le Mariage pour tous mais ce n’est pas une priorité, ce n’est pas essentiel » on se dit, un peu sceptique, comment parviendra-t-on à revenir sur une telle loi, avec la forte opposition que ça génèrera, si on n’a pas la conviction que c’est essentiel ?

Je ne crois pas. il y a aujourd’hui 144 engagements dans le programme de Marine Le Pen, et il y a parmi eux l’abrogation de la loi Taubira, le refus de la généralisation de la PMA aux couples homosexuels femmes et le refus de la gestation pour autrui pour les couples homosexuels. C’est dit clairement.

Mais Marine Le Pen dit une chose dont il faut accepter la réalité : pour une grande partie des Français – et on peut peut-être le déplorer – l’abrogation de la loi Taubira n’est pas une priorité. Pour eux, la priorité est de savoir si leurs enfants ne vont pas être agressés à la sortie de l’école, de savoir s’ils vont apprendre à lire correctement, s’ils vont boucler leurs fins de mois et pouvoir payer leur loyer. Donc tout en conservant cet engagement sur lequel elle n’a jamais failli – et elle a été la seule ! d’où d’ailleurs l’injustice de ce procès – elle n’a pas voulu en faire un cheval de bataille ultra prioritaire et un étendard, parce qu’elle veut coller aux attentes des Français qui portent principalement sur l’éducation, le pouvoir d’achat ; les salaires et l’identité, sur le plan migratoire et sécuritaire.

Dans le programme du Front National, il y a beaucoup de mesures pour la famille, vous allez revenir sur la dégressivité des allocations familiales par exemple ?

Oui, nous voulons remettre le principe de l’universalité des allocations familiales, c’est-à-dire de ne plus les conditionner aux revenus – ce qu’avaient fait les socialistes.
Nous voulons également mettre en place la priorité nationale, c’est-à-dire que ces allocations seront réservées aux familles de nationalité français (aux couples dont l’un des deux parents au moins est français), évitant ainsi d’encourager la natalité étrangère en France, ce qui est un non-sens.
Nous entendons enfin réactualiser le niveau de ces allocations sur le niveau de vie.

Mais ce ne sont pas les seules mesures pour la famille. La transmission du patrimoine, par exemple, est largement facilitée et encouragée : Marine Le Pen a bien conscience que la petite nation qu’est la famille est la condition de la grande nation qu’est la France, et que si nous ne soutenons pas cette cellule familiale nous brisons avec elle l’enracinement, la transmission parce qu’évidemment l’État ne peut pas combler à lui seul l’intégralité des solidarités sociales !

Vous allez aussi réformer les droits de succession ?

Oui absolument, nous allons faciliter la transmission du patrimoine en mettant en place une fiscalité moins forte qu’elle ne l’est aujourd’hui et sur une durée plus faible : aujourd’hui, on peut transmettre sans taxation 100.000 euros à chacun de ses enfants tous les 15 ans, nous allons ramener ça à 5 ans. C’est un effort très important, qui nous paraît indispensable pour faciliter la vie des familles.

Mais le mot « famille » n’apparaît jamais, c’est un mot qui fait peur au Front National ?

Il ne faut pas s’enfermer dans la sémantique. Ce qui est important, c’est le fond des idées, le projet en lui-même.

Qu’avez vous pensé de l’affaire Fillon ?

Ce qui m’ennuie, c’est que le feuilleton Fillon nous empêche de parler du fond. Et surtout, il occulte d’autres éléments qui me paraissent beaucoup plus importants. Notamment, le contrat commercial entre AXA et la boîte de conseil de François Fillon qui pourrait laisser supposer un lien, voire un conflit d’intérêt qui aurait pu conduire, par exemple, à la valorisation de Monsieur de Castries, ancien PDG d’AXA, anticipé comme futur Premier ministre, ou aurait pu avoir pour conséquence la privatisation de la sécurité sociale dans son programme. Ça me paraît d’autant plus inquiétant qu’il ne souhaite pas révéler les autres clients de cette entreprise de conseil, dont on pourrait soupçonner qu’il y aurait des pays étrangers.

L’affaire Fillon nous empêche aussi de parler de son bilan et de son programme, qui est très loin des fantasmes de la primaire : c’est un programme extrêmement faible, notamment sur la question de l’immigration, ou même sur la question de la lutte contre l’islamisme. Pour donner quelques exemples, François Fillon est opposé à la restauration des frontières nationales, il ne souhaite pas supprimer le droit du sol, il ne souhaite pas supprimer le regroupement familial, il ne souhaite pas restreindre les conditions d’accueil du droit d’asile… bref autant de sujets où il serait amené à décevoir.

Certaines personnalités des Républicains vous sont proches. Il se dit que, pour la première fois, le Front National pourrait se retirer ou faire des alliances là où il ne sera pas en situation d’être élu pour favoriser des personnalités proches dans les convictions….

Ça n’est pas à l’ordre du jour mais il y a en effet une réflexion sur ce sujet. À mon avis, c’est surtout une réflexion d’entre deux tours, elle ne peut pas être menée à l’heure actuelle puisque que ce serait laisser entendre que nous serions déjà dans un logiciel de défaite, ce qui n’est absolument pas notre cas !

On assiste actuellement à une guerre interne chez les Républicains à propos des investitures. L’UDI serait en train de pousser le PCD dehors, pour prendre les places. Jean-Frédéric Poisson proteste, Xavier Lemoine serait sur la sellette… N’est-ce pas une politique un peu curieuse, de la part de François Fillon, alors que les analystes disent qu’il a été porté par un électorat très conservateur ?

Cela ne me surprend absolument pas ! Il a fait une campagne de primaire de droite et donc aujourd’hui, il est en train de faire une campagne de présidentielle. Il était prévisible que la campagne qu’il allait mener pour parler à son socle électoral n’allait pas être la même que pour faire une campagne avec l’intégralité des Français. La droite nous fait systématiquement le coup. Il a beau avoir été en partie élu grâce à Sens commun et à cette image conservatrice qu’incarne parfaitement le Parti chrétien démocrate, pour autant, il paraît évident aujourd’hui qu’il retourne vers les vieilles habitudes de la droite, à savoir préférer les centristes plutôt que les classes populaires. Il s’achète une respectabilité… et il anticipe peut-être la capacité demain à travailler et à gouverner avec les élus de Macron ?

Vous pensez par exemple que lorsqu’il pousse la candidature de NKM dans le VIIe arrondissement de Paris, il fait une erreur ?

C’est surtout représentatif de ce que pense vraiment François Fillon, derrière les apparences. Son organigramme de campagne est lui-même assez révélateur : Avec Benoît Apparu comme porte-parole, quand on connaît ses déclarations, notamment, sur les crèches dans les mairies…, ou Henri de Castries, qui est pressenti comme futur Premier ministre – un homme qui a reçu le prix de Bosphore, à Istanbul, pour avoir été un acteur important de l’avancée des relations entre l’Union Européenne et la Turquie en vue d’une intégration de la Turquie au sein de l’Union Européenne !


On oppose à Marine Le Pen le fameux « plafond de verre » qui l’empêcherait d’être élue. Quelles seraient, selon vous, les conditions nécessaires pour qu’elle remporte l’élection présidentielle ?

On avait les mêmes faux pronostics sur le Brexit, sur Trump, ou même sur le référendum italien. Ce qui était vrai il y a six mois ou un an l’est de moins en moins aujourd’hui. Il certain que l’agencement du deuxième tour va être déterminant. Être face àFrançois Fillon, Hamon ou même Macron change la donne…

Le ralliement d’un certain nombre de personnalités à droite comme Philippe de Villiers, entre autres, pourra participer à rassurer une partie de l’électorat : ce que nous constatons c’est que le Front National est majoritaire chez les 18-25 ans, il est majoritaire chez quasiment tous les actifs.

Mais une partie de l’électorat de droite, notamment les plus de 65 ans, sont plus réticents à nous rejoindre.

Cela tient moins souvent, on le constate, au fond des idées qu’à une certaine image qu’ils peuvent avoir de nous. Ça fait vingt-cinq ans qu’on leur explique que FN = facho = nazi, c’est difficile de se défaire de cela !

Il y a aussi la force de l’habitude de vote, l’attachement un peu irrationnel à une certaine famille politique. Je suis convaincue que si nous arrivons à leur montrer la preuve de notre crédibilité, à les rassurer en ramenant à nous un certain nombre de personnalités, cela pourra créer le déclic salutaire. Ils sont une tranche de la population décisive dans le devenir de la France.

Michel Onfray valide lui-même la thèse du « grand remplacement », dans son caractère purement factuel, démographique… Vous ne croyez pas que, finalement, les prochaines élections sont peut-être les dernières pour lesquelles vous avez une chance de gagner ?

Peut-être pas les dernières, il ne faut pas dramatiser à ce point là, mais il est certain que le temps joue contre nous, car nous sommes en train d’assister à la dissolution de la France, y compris par le haut : nous sommes de plus en plus dépossédés de notre souveraineté. Nous sommes enfermés dans des traités internationaux de libre-échange, nous sommes sous la coupe du gouvernement des juges de la Cour Européenne des droits de l’homme, de la Cour de justice de l’Union Européenne ou même, en France, du Conseil Constitutionnel, nous sommes en train d’assister progressivement à la fin de la politique. Or, on se rend compte que la fin de la politique conduit au chaos et que la suprématie de l’économie sur le politique se fait systématiquement au détriment du bien-être et de la dignité humaine.

Face à ce grand phénomène mondial, particulièrement aigu au sein de l’Union européenne qui l’a mis en œuvre de façon zélée, nous avons un réflexe national très fort dont le Front National est la traduction. Et qui, à mon avis, même si je déteste cette expression, va dans le sens de l’Histoire. C’est ce qui me rassure sur notre capacité à gagner : nous sommes en phase avec une réaction profonde du peuple français. Mais la principale difficulté, c’est la démographie. Nous assistons, c’est un fait, à un remplacement d’une partie de la population française avec l’arrivée quasi anarchique d’une immigration de masse, et avec, en parallèle, une population immigrée qui a beaucoup d’enfants et un peuple historique – on va dire pour faire simple – qui en a beaucoup moins.

Mécaniquement cela engendre une concentration de population étrangère avec tous les effets délétères, communautarisme, insécurité, développement de l’islam radical.

Malheureusement, le Front National n’a pas de prise sur ces populations communautarisées, parce qu’il n’apporte pas de réponses à leurs souhaits communautaires – construction de mosquées, octroi d’un certain nombre de privilèges, acceptation de revendications politiques – et hors de question que le Front National s’amuse à cela comme le font aujourd’hui la droite et la gauche. Il nous faut arriver aux affaires rapidement pour pouvoir contrer ce phénomène.

« Avec Marine Le Pen au pouvoir, ce sera le chaos »… Comment répondez-vous à cette crainte ?

Lira le suite sur Boulevard Voltaire