Politique

Mélenchon, candidat totalitaire ?

On dit souvent que la France est un pays singulier en matière de vie politique. Elle le démontre à nouveau à l’occasion de l’élection présidentielle avec un candidat qui représente le totalitarisme politique et économique : Jean-Luc Mélenchon. Il est invité par tous les médias. Il est d’ailleurs omniprésent, même s’il ne cesse d’insulter les journalistes.

Mais personne n’ose le contredire. Et il dépasse les 10 % d’intentions de vote. Qui a vraiment lu son programme ? Le leader du Front de gauche appelle à la révolution : « L’insurrection, c’est maintenant ! » En invoquant le stalinien Paul Éluard (« Si vous voulez la paix, préparez la guerre civile »), il demande un changement institutionnel : « l’action du peuple lui-même se dressant contre un ordre inique ». La Constitution de 1793 qui consacre la Terreur est aussi citée : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » « Tout comme la noblesse de 1789 ne pouvait pas rompre avec l’Ancien Régime,continue Mélenchon dans son programme, le capitalisme financier est incapable de sortir d’un système qui le gave de privilèges. » Et les propositions s’ensuivent. Concernant l’emploi : smic à 1 700 euros, instauration d’un salaire maximum, un CDI pour tous, passage du temps partiel au temps plein, interdiction des licenciements boursiers ; en cas de dépôt de bilan, l’entreprise passera aux mains des salariés sous forme de coopérative. Les travailleurs licenciés “abusivement” seront réintégrés dans l’entreprise. Bien entendu, les 800 000 “précaires” de la fonction publique seront titularisés. Il faudra, bien entendu, relocaliser l’économie grâce à des « prélèvements nationaux sur les réimportations de productions délocalisées » et une « taxe kilométrique de manière à réduire les transports de marchandises évitables ».

Pour ce qui est du logement, le quota de logements sociaux est porté à 50 %, le blocage des loyers sera Jean-Luc Mélenchonobligatoire, on appliquera à la lettre l’interdiction des expulsions et la réquisition des logements vacants. Dans le domaine de la santé, un pôle public aura le monopole du marché des médicaments. Pour les services publics, un nouvel établissement public citoyen sera créé afin d’assurer la « pérennité de l’emploi public ». Les entreprises et les banques seront placées sous le contrôle d’un « pôle public financier » et seront taxées lourdement. L’économie sera « relocalisée » et l’écologie « planifiée ». Les choix énergétiques passeront « sous contrôle citoyen » avec la création d’un « pôle 100 % public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total renationalisée » ! L’État et les banques « garantiront le financement de ces mesures ». Un « Indicateur synthétique de progrès humain » (IPH) remplacera le PIB par habitant actuel. Ses critères devront être adoptés par le peuple.

D’autres « formes de propriété » seront adoptées. Elles vont promouvoir les « appropriations sociales par la nationalisation des grands leviers de l’action économique, industrielle et financière ». Un établissement public de recherche technologique et industrielle aura comme rôle la renaissance de l’industrie française. Pour ce qui est du fonctionnement de l’État, la loi organique relative aux lois de finances (Lolf) sera abrogée ! Enfin, une fois au pouvoir, le Front de gauche convoquera l’Assemblée constituante de la VIe République et annoncera la fondation d’une nouvelle « République parlementaire, sociale et participative ». Dans la foulée, afin de mater des « médias principalement voués au libéralisme » (les mêmes qui invitent Jean-Luc Mélenchon), un « Conseil national des médias » sera mis en place. Dans le domaine de la culture, « les citoyens doivent s’épanouir par les arts, la culture et les pratiques culturelles » et seule « la centralité [sic !] du travail artistique et culturel au sein des politiques publiques » peut y arriver. Vive l’URSS ! Il est effarant de voir que personne ne conteste les délires totalitaires de M. Mélenchon. D’autant plus que, d’après les études du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), ils trouvent un écho favorable auprès de la bourgeoisie de gauche et très peu dans les milieux populaires. On aurait donc pu en rire si sa campagne avait été insignifiante mais à plus de 10 % et lorsque d’autres candidats puisent dans ses idées, on a des raisons d’être inquiets.

Nicolas Lecaussin est l’auteur (avec Jean-Philippe Delsol) de l’ouvrage À quoi servent les riches, JC Lattès (mars 2012).