Mélenchon, “figure rassurante ?” Il est permis d’en douter

Fini le Mélenchon constamment agressif et querelleur de 2012. “Je deviens une figure rassurante”, dit-il. À y regarder de plus près, il est permis d’en douter.

Mélenchon veut croire que son tour est arrivé. Des sondages le placent en flatteuse position, il devance François Fillon, mieux il se voit, le 7 mai, face à Marine Le Pen… donc élu, CQFD. Il est la révélation de cette campagne. En 2012, le Parti communiste en panne de chef l’avait mandaté pour être son candidat sous l’étiquette “Front de gauche”. Jean- Luc Mélenchon interprétait alors une réincarnation de Georges Marchais. Imprécateur agressif, toujours de mauvais poil, prêt à mordre, querelleur, ne supportant rien, pas même l’approbation ! L’interroger devenait un supplice pour les journalistes. La barbe ! « Il faut du bruit et de la fureur », plaidait-il. Et il y en avait dans ses meetings. Il attirait du monde parce qu’il avait du souffle et le verbe haut. Il s’adressait aux “camarades”. On chantait l’Internationale, poing levé. Ses références : Hugo Chávez, le président du Venezuela, financeur des Farc en Colombie. Un brave homme décédé en 2013. En tout cas son ami — chez qui il avait été panser ses plaies après son échec — dont il vantait la révolution citoyenne « qui [faisait] progresser la condition humaine »… Aujourd’hui, le pays est plongé dans un chaos économique dont on ne voit pas l’issue. La manne pétrolière ne suffi t plus à compenser ses erreurs de gestion. L’appareil productif a été détruit. Il faut importer tous les produits de consommation courante pour pallier les pénuries. La misère n’en fi nit pas de s’étendre. Merci Chávez !

En 2017, Jean-Luc Mélenchon est le candidat de La France insoumise. Il s’est mis à son compte. Alors, fi nie l’agressivité, c’est la métamorphose. Il se laisse interroger par Gala auquel il révèle ses recettes minceur au quinoa, ronronne comme un gros chat sur le canapé de Karine Lemarchand et réussit des prouesses technologiques avec l’hologramme : être sur scène à Aubervilliers en images 3D, alors qu’il se trouve à Lyon en chair et en os. « Je deviens une fi gure rassurante », dit-il de lui. Il ne harangue plus les « camarades » mais « Vous les gens ! », comme il les appelle dans ses discours, c’est-à-dire pas seulement la gauche mais un ensemble plus vaste qu’il séduit en leur parlant d’eux, de leurs soucis, leurs espoirs, leur quotidien diffi cile, leurs maladies, comme quelqu’un de la famille. Lui-même évoque sa fatigue ou ses rhumes attrapés dans le TGV. Ça crée un lien. Ivre de son talent, il passe du bavardage au souffl e épique : du Victor Hugo mâtiné de Zola.

À Marseille, devant une Canebière noire de monde, Mélenchon, un rameau d’olivier à la boutonnière — façon pour ce bouff eur de curés de fêter les Rameaux, symboles de l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem — se présente en président de la paix. Prorusse, il dénigre « l’intervention américaine en Syrie qui ne résout rien ». Et s’il fustige les criminels qui ont utilisé les armes chimiques et doivent être punis, il ne donne pas leurs noms. Mélenchon, s’il est élu, sortira de l’Otan et retirera les batteries antimissiles en Pologne. Mais ce qui plaît le plus, c’est sa diatribe contre « les riches qui vivent audessus de nos moyens ». Audelà de 400 000 euros annuels, il leur prendra tout. La foule absorbe son discours avec gourmandise. Ses références : Mitterrand et de Gaulle. Plus de poing levé, on chante la Marseillaise. Mais son imaginaire intellectuel reste très imprégné de ce Hugo Chávez, même s’il n’y fait plus référence. Car c’est bien une révolution qu’il promet, avec sa VIe République où devrait être inscrit comme inaliénable le droit au travail et au logement. Avec lui, tout sera gratuit : la santé, la cantine à l’école. Il veut augmenter les impôts de 100 milliards d’euros. Il est possible, comme au Venezuela, qu’en un premier temps les écarts de richesses se réduisent. Mais à terme, c’est tout le monde qui sera appauvri. Attention danger !

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