Mettons que Hollande soit élu président… (ou le triomphe du relativisme culturel)

Denis Tillinac imagine une France dans laquelle le candidat PS est élu. Un cauchemar pour l’écrivain qui craint de voir « démonétiser le sens de l’honneur, de l’altitude, de l’aventure et de l’humour » au cours de cet éventuel quinquennat à venir.

Texte lu sur Atlantico

Mettons que François Hollande soit élu président.

Aubry, Fabius, Montebourg, Joly, Duflot, Mélenchon et consorts le laisseront régner, mais pas  gouverner. La France sera à la merci d’un mixe d’idéologues obtus, de snobinards parisianistes et de notabilités régionales prudhommesques. Les pulsions inquisitoriales des militants et le clientélisme bananier des ducs, comtes et marquis  « décentralisés » produiront un univers grisaillant de planqués serviles et de tartufes coincés. La police du langage prohibera toute allusion au fuselage d’une minette (sexisme), toute présomption d’une supériorité esthétique de Vermeer sur le tag, de Mozart sur le rap (élitisme discriminant). Le propos de hiérarchiser tant soit peu les goûts et les couleurs, voire de présumer qu’une marge implique une norme, sera tenu au mieux pour  « réac », au pire pour  « facho » . Une flicomanie sournoise enténèbrera le pays de Rabelais, du Cid de Corneille, du Cyrano de Rostand, de la môme Piaf et de Gabin dialogué par Audiard. Une bigoterie fielleuse s’évertuera à démonétiser le sens de l’honneur, de l’altitude, de l’aventure et de l’humour.

La gauche ruinera la France avec la pharmacopée en usage auprès des incurables et des dépressifs : morphine des emplois bidons (« culture », « communication »), Prozac de l’« animation » depuis la crèche jusqu’à la maison de retraite. Caser son rejeton ad vitam dans un bureau quelconque d’une collectivité territoriale sera le must des ambitions parentales. L’animateur « socio-cul » à catogan et oreille baguée et le journaliste frotté de « sciences humaines » seront les anesthésistes au quotidien d’un peuple jadis gai, fécond et indocile. Leur catéchisme sirupeux, d’un pharisaïsme qu’un Peguy, un Bernanos ou un Mauriac auraient vomi, fragmentera le tissu social en « minorités » dont les revendications seront par principe « légitimes ».

En vertu du même principe, les aspirations de la majorité dite silencieuse, et pour cause, seront non avenues. L’invocation d’une filiation, d’un genre, d’un terroir ou d’une affinité élective sera suspecte et le recours à la mémoire historique, strictement encadré par le clergé des bulletins paroissiaux (Libé, L’Obs, Télérama, Médiapart, France Culture…).

Il sera périlleux d’afficher du respect pour l’intériorité, de l’appétence pour le panache, de la sympathie pour Saint-Louis sous son chêne, Jeanne-d’Arc à Orléans, Bayard à Marignan, Bonaparte au Pont d’Arcole. Et même pour De Gaulle, réputé factieux en son temps par les consciences de la gauche (Mitterrand, Mendès, les communistes, etc.). Le patriotisme sera taxé de « xénophobie » franchouillarde s’il s’abreuve à d’autres sources que le droit du sol, la  « laïcité » selon le père Combes et la défense des langues régionales.Tout enracinement affectif dans la mythologie et la poétique de la France sera coupable de péché mortel contre l’esprit cosmopolite; il faudra taire notre dû à la civilisation occidentale sous peine d’être expédiés dans l’enfer des esclavagistes, des colonialistes, des impérialistes, et caetera. Mieux vaudra pour mendier une subvention se targuer d’un pélérinage au mur des Fédérés qu’à la cathédrale de Chartres ou à Colombey-les-deux-églises. Bien entendu l’allusion la plus précautionneuse à l’impact éventuel des flux migratoires sera passible d’une mise en parallèle avec le racisme des nazis. Rien de moins. Autant dire que le sens des distinguos et des nuances sera décoté à la bourse des convenances. Tout se vaut, tout s’équivaut : de ce présupposé inepte, nul ne sera cencé s’affranchir.

 

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