Michel Onfray : « Houellebecq a raison »

« Le débat en France n’est plus possible. » C’est ce qu’avait affirmé Michel Onfray en novembre dernier pour justifier le report de la parution de son livre Penser l’islam, chez Grasset. Accusé par les uns d’islamophobie et par d’autres d’être récupéré par les djihadistes, le philosophe athée avait en effet jugé qu' »aucun débat serein » n’était plus possible sur le sujet. À l’occasion de la parution de l’ouvrage en Italie vendredi 5 – il sortira finalement dans l’hexagone en mars – Michel Onfray a accordé une interview au Corriere della Sera.

« Je trouve sidérant que notre élite journalistique et mondaine, intellectuelle et parisienne, si prompte à traiter de sexiste quiconque refuse d’écrire professeure ou auteure, n’ait rien à dire au viol de centaines de femmes par des hordes d’émigrés ou d’immigrants, comme on ne dit plus, car le politiquement correct impose migrants », répond-il alors que le journaliste lui demande quelle a été sa réaction aux agressions sexuelles du 31 décembre, à Cologne. « La France a renoncé à l’intelligence et à la raison, à la lucidité et à l’esprit critique. Houellebecq a raison : nous vivons déjà sous le régime de la soumission. »

Un chef de guerre sans testostérone

Interrogé sur le terrorisme islamiste, le philosophe répond que « la responsabilité des décennies de bombardements occidentaux » et celle d’une « attitude belliqueuse de l’islam ancrée dans le Coran » ne s’excluent pas. « L’occident a tué 4 millions de musulmans depuis la première guerre du Golfe et le Coran invite à la guerre contre les infidèles. Ce mélange détonnant produit la situation dans laquelle nous nous trouvons. » Un islam de la paix et un islam de la guerre trouvant également leur justification dans le Coran, peut-on espérer une victoire de l’islam de la paix ? Onfray n’y croit pas. « On ne fait la paix qu’en la voulant et on ne la fait qu’avec nos ennemis, répond-il. La France fut la patrie des Droits de l’homme, mais elle ne l’est plus, la France fut la partie de la paix perpétuelle avec l’abbé de Saint-Pierre (dont Kant s’inspire), mais elle ne l’est plus, la France fut la patrie du pacifisme avec Jaurès, mais elle ne l’est plus. Cette même France pourrait prendre l’initiative d’une grande diplomatie et d’une conférence mondiale pour la paix. Mais je n’y crois pas. » Et d’ajouter : « François Hollande n’a aucun charisme international et il n’a pour seule perspective que d’être réélu. Or, la testostérone du chef de guerre est hélas ! un argument électoral. »

« Je suis un homme seul et sans parti »

Interrogé sur la faiblesse actuelle d’une civilisation occidentale « à bout de force » face à un islam qui progresse en Europe, Michel Onfray répond : « Notre civilisation judéo-chrétienne est épuisée, morte. Après deux mille ans d’existence, elle se complaît dans le nihilisme et la destruction, la pulsion de mort et la haine de soi. Elle ne crée plus rien et ne vit que de ressentiment et de rancoeur. L’islam manifeste ce que Nietzsche appelle une grande santé : il dispose de jeunes soldats prêts à mourir pour lui. Quel occidental est prêt à mourir pour les valeurs de notre civilisation : le supermarché et la vente en ligne, le consumérisme trivial et le narcissisme égotiste, l’hédonisme trivial et la trottinette pour adultes ? »

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