Politique

Montebourg, valet du néolibéralisme ?

En 2011, Arnaud Montebourg se prononçait en faveur de la démondialisation. Depuis, le ministre du Redressement productif n’a pas réalisé la moindre mesure allant dans ce sens. Pour Laurent Pinsolle, les derniers discours de cet homme politique ne font qu’illustrer son impuissance et amènent à s’interroger sur sa sincérité.

 
l faut reconnaître à Arnaud Montebourg un certain panache quand il va à la rencontre des salariés menacés de licenciements. Mais dimanche sur France 2, il a surtout étalé son impuissance et celle du gouvernement devant une mondialisation qu’il ne semble même plus remettre en cause.

Dimanche soir, le ministre du redressement productif était interviewé sur France 2. Qu’il semble loin le temps où il était un avocat de la démondialisation ! Jacques Sapir, à qui il avait repris le terme, était sans doute aterré par le discours servi par le ministre au sujet de Florange. Sans doute refroidi par le précédent de l’usine PSA d’Aulnay, où il s’était beaucoup avancé en juillet, avant de battre piteusement en retraite fin août, le gouvernement adopte le service minimum.

Déjà, Jean-Marc Ayrault a refusé de s’engager sur la remise en service de l’aciérie lors de l’émission Des paroles et des actes. Dimanche soir, Arnaud Montebourg s’est retrouvé bien gêné aux entournures face à une question sur le possible rachat de l’usine par l’Etat. Et là, surprise ! L’avocat de la démondialisation n’a eu aucun scrupule à reprendre une partie du petit bréviaire néolibéral en avançant que l’Etat n’était pas toujours un bon actionnaire et n’avait pas les moyens.

Cette réplique, plus digne d’Alain Minc ou Jean-Marc Sylvestre a de quoi désespérer de la part d’un homme qui reprenait Jacques Sapir et avait demandé à Emmanuel Todd de faire la préface de son livre pour la primaire socialiste. Pire, il y a quelque chose d’assez incroyable à voir le ministre dire qu’il est du côté des salariés contre les méchants patrons, symbolisant jusqu’à la caricature l’impuissance du pouvoir socialiste, réduit à mendier des aménagements aux plans sociaux.

La démondialisation est pourtant la clé

Le rôle qu’Arnaud Montebourg tient est l’exact inverse de ce qu’il proposait il y a un an. En 2011, il expliquait (justement) que le problème du chômage venait de la mondialisation, de la libéralisation des mouvements de capitaux et de biens qui instaure une compétition déloyale et consacre la victoire du moins-disant salarial, social et environnemental. Du coup, la solution était la mise en place de mesures protectionnistes pour que le système économique ne pousse pas aux délocalisations.

Le ministre Montebourg fait l’inverse car, prenant acte de cette mondialisation qu’il dénonçait naguère, il se transforme en ministre infirmier qui va au chevet des usines menacées de fermeture pour essayer d’adoucir les plans sociaux. Bien sûr, il théâtralise son soutien en attaquant et convoquant les patrons qui licencient, mais il ne s’agit plus que d’un cirque destiné à masquer son impuissance. Bref, cela démontre bien qu’il n’y a rien à espérer du PS pour remettre en cause le système.

D’ailleurs, lundi, sur Europe 1, Nicole Bricq s’est faite la zélatrice parfaite du néolibéralisme en défendant le désendettement et la mondialisation. Mais comment des ministres socialistes peuvent-ils promouvoir un tel discours ? C’est le niveau zéro de réflexion économique. Tout ceci ne relève plus de la raison, mais plus d’une croyance religieuse dans les bienfaits du libre-échange et du danger supposé du protectionnisme, malgré une abondante littérature démontrant l’inverse.

Que pense Arnaud Montebourg ? Bien sûr, l’exercice du pouvoir impose des compromis. Mais en passant ainsi de la démondialisation aux poncifs éculés du néolibéralisme, on peut s’interroger sur les motivations du ministre. Etait-il sincère il y a un an ou s’agissait-il uniquement d’une posture ?

Marianne