Municipales : « Le problème, ce n’est pas le FN mais les electeurs de gauche »

Analyse intéressante sur le vote FN lors des prochaines municipales… loin de l’euphorie des pro-FN et de la haine viscérale des mondialistes de l’UMPS. Je ne crois pas en effet que les municipales représenteront un grand bouleversement. Ce sont des élections bien trop particulières…..

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Lu sur Rue 89

Le chercheur Denys Pouillard estime que le Front national pourrait gagner seulement deux villes, mais prédit aussi un big bang du personnel politique.

Et si on en faisait trop sur le FN ? Dans une étude récemment publiée, l’Observatoire de la vie politique et parlementaire (OVPP) projette les tendances des élections municipales du mois de mars 2014 et dresse trois scénarios possibles.

Dans la pire des situations pour la gauche, lit-on dans ce rapport, elle ne perdrait qu’un nombre limité de villes de plus de 100 000 habitants lors des prochaines municipales. De son côté, le FN, s’il ne peut vraisemblablement gagner que deux villes (Hénin-Beaumont et le 7e secteur de Marseille), sera en mesure d’« augmenter sa représentation dans certaines grandes villes ».

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Pour parvenir à ces conclusions, les scrutins organisés depuis 2004 dans 3 000 communes de plus de 3 500 habitants ont été étudiés.

Denys Pouillard, le directeur de l’OVPP, prédit un « big bang du personnel politique », explique les nouvelles motivations des électeurs des grandes villes et bat en brèche une idée à la mode : non, le FN ne récupère pas les voix « des électeurs de gauche ».

Vous dites qu’il ne faut pas se focaliser sur le FN…

La sociologie électorale, c’est de l’analyse de terrain. On peut se tromper, bien sûr, mais ce n’est ni un calcul de probabilité ni un coup de dés.

Nous avons épluché 3 000 communes de plus de 3 500 habitants. Pourquoi plus de 3 500 ? Parce que jusqu’à présent, c’est dans ces communes que le scrutin proportionnel s’applique. On a donc une couleur politique par commune.

En dessous de 3 500 habitants, nous n’avions donc pas nécessairement une couleur politique mais des divers droite, des divers gauche… Ce qui correspond vraiment à la motivation dans ces petites communes pendant les municipales, c’est l’action locale.

Les choses vont changer en mars 2014, puisque la proportionnelle sera appliquée dès 1 000 habitants. Cela va poser problème, puisque cette politisation va concerner 6 755 communes supplémentaires.

Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour de la présidentielle dans :

  • 408 communes de 1 000 à 1 500 habitants ;
  • 183 communes de 1 500 à 2 000 habitants ;
  • 248 communes de 2 000 à 3 500 habitants.

Ce qui fait environ 800 à 900 communes de moins de 3 500 habitants où Marine Le Pen est arrivée en tête. Celles ci vont être concernées par la proportionnelle. Il y a donc une réelle inquiétude.

Mais dans les communes plus importantes, le risque existe aussi, non ?

Je prends le cas de Brignoles. Si je regarde les communes où le FN a fait entre 43% et 58% des voix lors des législatives de 2012, Brignoles n’y est pas.

On se focalise sur le résultat du Front national à Brignoles ou à Villeneuve-sur-Lot [où a eu lieu une législative partielle après démission de Jérôme Cahuzac, ndlr] – je n’envisage même pas Villeneuve-sur-Lot passant à droite, d’ailleurs. Or, c’est le phénomène abstentionniste qu’il faut regarder. A Brignoles, il n’y a eu que 33% de votants !

La question est de savoir pourquoi la gauche s’abstient. Le débat au PS est un peu désordonné : quand les résultats ne sont pas bons, le premier discours consiste à recentrer le débat sur l’utilité du front républicain.

On entend dire que « des électeurs de gauche votent Front national ». C’est faux. Si l’on prend toutes les élections de ces dernières années, l’électorat de gauche n’a pas voté Front national.

Il ne vote plus du tout.

Lors des dernières élections partielles, l’électorat de gauche a en effet eu tendance à s’abstenir.

Ce n’est pas un électorat qui va, comme on l’a beaucoup dit, vers les populismes avec d’un côté Jean-Luc Mélenchon, de l’autre Marine Le Pen. Il ne va certainement pas vers Mélenchon, la démonstration s’est faite électoralement. Au sein du Front de gauche, le Parti de gauche n’a jamais progressé.

Quant au FN, il n’augmente pas en voix. Il s’est stabilisé. La sociologie électorale s’analyse en voix : le FN augmente à l’échelle nationale quand on retient le pourcentage des suffrages exprimées. Si l’électorat socialiste s’abstient, il va de soi que mathématiquement, la droite en profite et le FN augmente.

Et à la présidentielle ?

Au lendemain de la présidentielle, une étude sur les amplitudes électorales a montré à quel point la gauche a tendance à décliner dans certains territoires.

En 1981, François Mitterrand a fait 51,7% et la gauche a obtenu une très large majorité. Pourquoi la gauche n’a-t-elle pas obtenu les mêmes résultats aux législatives ? Et pourquoi n’aura-t-elle plus jamais ça ? La droite non plus d’ailleurs.

Ce n’est pas une question de découpage géographique. C’est une question d’implantation. Si vous regardez la carte de François Mitterrand en 1981, vous avez 51,7% répartis de façon à peu près équilibrée sur toute la France… et vous avez une France qui vote.

Quand vous prenez les cartes de 1995, de 2007 ou de 2012, vous vous apercevez que François Hollande fait des scores fantastiques dans les pays de l’Ouest, mais la gauche a perdu le tiers de la France, et ce déclin est continu depuis 1988.

Pourquoi ?

Il y a une profonde crise du personnel politique et de son renouvellement. Les élus ne représentent plus qu’eux mêmes et de moins en moins ceux qu’ils sont sensés représenter. La loi sur la parité a un peu changé les choses, mais la gauche a tendance, encore, à conserver ses têtes sortantes dans les grandes villes, alors qu’il y a un effort à droite pour les renouveler.

Le FN envoie aussi des jeunes. C’est un signe qui peut avoir des conséquences. Beaucoup de jeunes, par curiosité, observent l’évolution de ce parti.

Par curiosité ?

C’est ce que j’appelle la « crise de la curiosité » ou l’expression « ceux-là, on ne les a pas essayés ». Elle manifeste dangereusement un besoin de gens nouveaux. C’est cela qui déroute la gauche et la droite.

Un autre point ne doit pas être négligé : le FN veut s’assurer d’une légitimité dans la République même s’il ne veut pas en respecter les règles fondamentales.

Vous prédisez un « big bang du personnel politique ».

Même si François Hollande ne le voulait pas, il confronte finalement aujourd’hui le pays à un big bang du personnel politique :

  • la parité va concerner maintenant 10 000 communes environ ;
  • ce sont aussi dans ces 10 000 communes, soit un peu moins du tiers de l’ensemble des communes françaises où l’opposition municipale a un droit de représentation et d’expression ;
  • par ailleurs, le « fléchage » va légitimer pour la première fois par le suffrage universel un autre personnel politique, celui des EPCI [les intercommunalités, ndlr]. Il faudra du reste, d’ici les municipales, un effort de pédagogie et d’information auprès des électeurs ;
  • enfin, la loi sur le non-cumul des mandats va également avoir des conséquences dès 2014. La plupart des élus ont admis aujourd’hui que le non-cumul était une nécessité.