« Nous, les petits Blancs » en une de L’Express : « Cette expression est revendiquée par les intéressés comme locution de ralliement »

D’abord utilisée pour stigmatiser les classes rurales populaires, l’expression est aujourd’hui revendiquée par certains. Derrière cette locution : une lame de fond sociologique et politique.

(…) En dressant le tableau sociologique inverse de celui de la « France de demain », c’est-à-dire les non-diplômés qui ne vivent pas dans les métropoles ni dans les « quartiers » et qui ne sont pas issus de l’immigration récente, on obtient une définition à la louche de ceux que beaucoup nomment désormais les « petits Blancs ». L’expression est à double tranchant : un temps utilisée pour stigmatiser les classes populaires rurales façon « white trash » à la française, elle est désormais revendiquée par une partie des intéressés comme locution de ralliement.

Bien sûr, une telle « tranche de société » est trop importante pour être homogène : elle englobe aussi bien des xénophobes assumés qui crient au grand remplacement et rêvent de « remigration » en patrouillant sur les réseaux sociaux que des désemparés du multiculturalisme – eux, comme d’autres -, taraudés par la question sociale – eux, comme d’autres.

Disons-le, employer le terme « petit Blanc » en couverture de L’Express n’est pas anodin. Le projet universaliste

propre à la France commande qu’en République, les Blancs n’existent pas. Pas plus que les Noirs, les Arabes ou les juifs. Mais notre universalisme a hélas du plomb dans l’aile, et de plus en plus de Français revendiquent désormais eux-mêmes leurs étiquettes (d’origine sociale, ethnique, etc.) pour se projeter dans une société de plus en plus morcelée. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, le multiculturalisme est advenu, et nous découvrons aujourd’hui des problématiques avec lesquelles les pays anglo-saxons sont déjà aux prises depuis des années.