Politique

« Penelopegate », affaire Fillon : Juges et partis pris

Affaire Fillon. La désignation de Serge Tournaire pour instruire le “Penelopegate” est le signe que le pouvoir ne reculera devant rien pour affaiblir François Fillon. Mais la ficelle est peut-être un peu grosse…

La scène remonte à trois semaines. Aux avocats de François Fillon, interrogés sur la suite de l’affaire de leur client, plusieurs scénarios sont soumis. Dont celui de l’ouverture d’une information judiciaire implique la désignation d’au moins un juge d’instruction. Et si Serge Tournaire, le magistrat qui a traqué Nicolas Sarkozy ces dernières années, était désigné ? Explosion de rire des avocats : « Si c’est lui, c’est signé politiquement ! L’institution judiciaire est parfois folle, mais pas à ce point ! » Coup de massue, ce lundi 27 février : parmi les trois juges nouvellement chargés de l’affaire figure… Serge Tournaire.

“Politiquement, ça nous arrange bien”

Le soir même, le candidat des Républicains convoque ses conseillers les plus proches. Bruno Retailleau est retenu en province pour un meeting, mais le directeur de campagne, Patrick Stefanini, l’avocat Antoine Gosset-Grainville et la communicante Anne Méaux entourent François Fillon. Ils sont stupéfaits de la désignation de Tournaire. Le président du tribunal de grande instance de Paris Jean-Michel Hayat, un ancien du Syndicat de la magistrature (SM) et du cabinet de Ségolène Royal, a donc bel et bien nommé Serge Tournaire, l’homme qui a instruit l’affaire Bygmalion, pour s’occuper du cas Fillon. Il pourra compter sur l’aide de Stéphanie Tacheau et d’Aude Buresi (ancien membre du bureau du SM), qui a enquêté avec lui sur le présumé financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. « Dans nos pires cauchemars, c’était eux », s’étouffe un participant de la réunion du 27 février au siège de la campagne de Fillon. « C’est tellement gros qu’ils aient été désignés, appuie un autre, que je n’imagine pas une mise en examen. »

Les méthodes de Tournaire s’inscrivent en rupture totale avec celles de son confrère Renaud Van Ruymbeke, qu’il déteste. Ce dernier a refusé de signer l’ordonnance de renvoi de Nicolas Sarkozy dans l’aff aire du financement de la présidentielle de 2012. Serge Tournaire, lui, s’est fait une spécialité des enquêtes avec « des filets dérivants », selon les mots des avocats de Nicolas Sarkozy, n’hésitant pas à placer en garde à vue ou à perquisitionner sans état d’âme : « C’est “Je ne transige pas, je suis opposé aux arrangements, j’ai recours à la garde à vue, voire à la détention provisoire si je l’estime nécessaire” », dit de lui un magistrat dans les colonnes de l’Express. Si le juge cultive une discrétion et un culte de l’anonymat presque maladif, son nom est bien connu. À ce jour, Valeurs actuelles est d’ailleurs le seul journal à avoir publié une photo de lui dans la vie de tous les jours. Ce père de trois enfants, marié à une magistrate, a les cheveux courts, poivre et sel. En doudoune, jean et tennis, il a l’allure des hommes pressés. Précis et pressant.

« Il n’existe pas de juge plus marqué à gauche que lui.»

« Politiquement, ça nous arrange bien », réagit néanmoins, un brin cynique, un intime de François Fillon. Pourquoi ? « Parce qu’il n’existe pas de juge plus marqué à gauche que lui. N’oublions pas qu’il a voulu envoyer Nicolas Sarkozy en prison, sans succès. Cela nous étonnerait qu’il fasse beaucoup de procédure, des auditions mises en scène. S’ils font du spectacle, cela se retournera contre eux. Au bout d’un moment, l’acharnement, ça se voit ! » « L’avantage, c’est que désormais François Fillon s’en fout », jure un membre de sa garde rapprochée. Qui ajoute, pour se convaincre : « Le plus dingue, dans toute cette histoire, c’est qu’on peut encore gagner l’élection présidentielle. »

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