Pour Hollande, la coalition est une réponse possible à l’extrême droite

Alors que son image s’effondre dans l’opinion et que l’opposition – de droite comme de gauche – critique vivement le bilan de son quinquennat François Hollande dresse le bilan idéologique de son quinquennat et cible les défis de la gauche, sept mois avant l’élection présidentielle dans un long entretien publiée dans Le Monde. Il évoque une coalition pour faire face à l’extrême droite.

« La gauche est toujours belle dans l’opposition ».

Le mot « socialisme » vous paraît-il encore vouloir dire quelque chose aujourd’hui ? Dès les années 1980, vous avez constaté vous-même que les vieilles recettes keynésio-sociales-démocrates ne marchaient plus. Vous envisagiez alors l’absorption du PS dans un grand parti démocrate à l’américaine. Serez-vous le président de la fin de l’idée socialiste ?

Le socialisme est un héritage qui plonge loin dans notre histoire, et c’est une idée beaucoup plus qu’une organisation. […] Je ne le crois pas. Je continue de penser que le clivage gauche-droite reste fondateur de la démocratie. Je pense que la gauche de gouvernement est aujourd’hui devant une vraie difficulté, parce qu’elle est contestée non seulement par la droite, mais aussi maintenant par l’extrême droite autour des thèmes identitaires. […]

» Pour réformer un pays, sur qui puis-je compter?  » feint de s’interroger le président, qui sort d’une année au cours de laquelle la loi Travail a mis à mal sa capacité à trouver un compromis. «  Un président est élu avec au minimum 51 % des voix, mais aussitôt élu il dispose déjà d’un peu moins de soutiens. Le parti qui l’a présenté ne rassemble que 25 % à 30 % du corps électoral.

C’est un des vices de la Ve République. A la différence des pays parlementaires où les dirigeants, grâce à des coalitions, peuvent s’appuyer sur des majorités larges, le président français ne bénéficie en réalité que d’une assise étroite dans le pays.  » Avant de prendre exemple sur l’Allemagne : «  Le gouvernement d’Angela Merkel représente aujourd’hui près de 70 % des électeurs. Cette base solide lui a permis de tenir, sur un sujet comme les réfugiés, qui, ici, aurait pu provoquer une division profonde du pays. » Une division profonde qu’il estime en partie causée par l’extrême droite. Comment la combattre? Quelques lignes plus loin, il évoque une nouvelle fois la coalition, «  large alliance dépassant les clivages « , comme une des réponses possibles. Avant de se montrer dubitatif :

« J’en mesure immédiatement les conséquences : ce serait donner à l’extrême droite la possibilité d’apparaître comme la seule alternative. Ce serait la conduire tôt ou tard au pouvoir. La meilleure réponse serait de remédier aux défauts de notre démocratie française en associant davantage les citoyens aux décisions. »

Autre marqueur de sa campagne présidentielle en 2012, la présidence normale voulue comme un comportement aux antipodes de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Là encore, malgré de larges critiques de toutes parts, Hollande enfonce le clou : « Je maintiens la nécessité d’un président maîtrisé parce que la fonction est exceptionnelle. Les caractéristiques personnelles sont très importantes. Au moment du choix, il s’agit bien sûr du choix d’une orientation, d’une politique, d’un chemin, mais il s’agit aussi du choix d’un caractère, d’une conception de l’Etat, d’une vision de la République, d’une vision de la France.  » Autant d’éléments qui dessine, en creux, une probable candidature pour 2017.

Le JDD ; Le Monde