Pour Noël Mamère et Clémentine Autain (Parti de gauche) la Laïcité est un racisme d’État.

École : les mères voilées reçues chez Hamon

Une délégation de quatre collectifs a rencontré mercredi,pour la première fois, un membre du cabinet du ministre. Elles ont remis une pétition demandant l’abrogation de la loi sur le voile à l’école, une pétition signée par Noël Mamère et la très Mélenchoniste Clémentine Autain

Des mères musulmanes manifestent mercredi aux abords du Ministère de l'Éducation Nationale, pour demander l'abrogation de la circulaire Chatel interdisant les sorties scolaires aux accompagnatrices voilées.
 À quelques jours des grandes vacances, les mères voilées ont tenu à se rappeler au bon souvenir du ministre de l’Éducation. Histoire de s’assurer qu’avant la rentrée, la circulaire Chatel, qu’elles jugent «sexiste et islamophobe», serait abrogée, et que ces mamans pourront «partout en France, accompagner les sorties scolaires de leurs enfants». Mardi après-midi, une délégation de mères voilées a été reçue par un membre du cabinet de Benoît Hamon. «Nous avons exposé notre colère et notre humiliation, raconte Feirouz Benamar, du collectif «Sorties scolaires avec nous!». On nous a promis une réponse: c’est déjà un beau premier pas, parce que c’est la première fois qu’on nous écoute.» Visiblement embarrassé, le ministère n’a pas souhaité commenter cette rencontre.

Dans un «Appel du 18 juin», les représentantes de quatre collectifs de femmes voilées ont écrit au ministre. «À l’heure où la patrie des droits humains est devenue la patrie du rejet des étrangers, des “autres”, de toutes celles et de tous ceux qui ne correspondent pas à la norme dominante (blanc, homme, chrétien, riche…), nous lançons cet appel pour tenter un sursaut et faire émerger de l’intelligence, du désir d’être ensemble quelles que soient nos différences, indiquent-elles. Parce que nous portons un foulard, nous n’avons pas le droit d’accompagner nos enfants aux sorties scolaires, mais nous avons le droit de nous présenter aux élections de délégués de parents d’élèves, nous avons le droit de siéger dans les conseils d’écoles, et nous sommes surtout les bienvenues pour faire des gâteaux… Nous ne pouvons pas trouver les arguments cohérents pour expliquer cela à nos enfants.» La pétition a été signée par quelques élus de gauche, comme Clémentine Autain ou Noël Mamère. Également par le sociologue Jean Baubérot, qui estime qu’«il faut faire très attention à ne pas s’habituer aux atteintes aux libertés publiques».

Rue de Grenelle, elles n’étaient qu’une trentaine de femmes, voilées ou non, accompagnées de quelques militants solidaires et munies de banderoles «Avec ou sans foulard, mamans toutes égales». Venue d’Aubervilliers avec ses deux garçonnets, Samia arbore un foulard jaune et vert. Éducatrice au ministère de la Justice, la jeune femme travaille pourtant sans voile. «Ça ne me pose pas de problème, témoigne-t-elle. Mais en tant que maman, je ne représente que moi-même, et non l’État.»

«Racisme d’État»

À ses côtés, Noria, 35 ans, n’est pas voilée. Mais elle est aussi en colère contre cette «circulaire qui ne vise que les musulmanes voilées». «S’il s’agissait de laïcité, la circulaire serait élargie à toutes les expressions religieuses!, s’indigne cette jeune fonctionnaire. À la kippa aussi, pourquoi pas? Ou même au style gothique: être tout en noir avec des piercings, ça fait peur aux enfants! On est dans du racisme d’État. Il y a une obsession en France contre les musulmans. Et pourtant, la menace, aujourd’hui, elle est économique!» Un peu plus loin, une autre mère voilée s’insurge: «Et pourquoi à l’école, on met un sapin de Noël? Et nos présidents, ils vont tous rencontrer le Pape! Ça ne me dérange pas parce que c’est l’histoire de France. Mais là, l’histoire de France, elle est aussi devant vous.»