Pourquoi la crise financière pourrait faire exploser l’Europe

Y en a qui ont cru aux délires de la BCE et de Bruxelles. Ils ont gagné du temps. Mais la situation est aujourd’hui pire qu’en 2008.
Là encore, sous les huées et les insultes, les patriotes ont été les seuls à être compétents et lucides.


Finalement, il semble que le retour de la crise financière ne soit pas un simple mirage propagé par des oiseaux de mauvaise augure. Ou du moins pas seulement. Les cours des banques, en particulier européennes, ont plongé de plus belle jeudi, abandonnant pour certaines plus de 10 % en une seule séance! Depuis le début de l’année, les grandes banques françaises ont perdu en Bourse entre 25 et 35 %, tandis que les banques italiennes, plombées par les créances douteuses, reculaient de plus de 40 %! Sans parler des banques grecques, en capilotade, qui ont perdu 60 % de leur valorisation. Les établissements allemands ne sont pas forcément en meilleure forme, en particulier la Deutsche Bank, qui concentre une grande partie des angoisses. Plus généralement, les marchés craignent que l’exposition des établissements financiers au secteur de l’énergie, via les produits dérivés, soit plus importante que ce qu’elles affichent. Et là encore, les peurs se concentrent sur un certain nombre de grandes banques du Vieux Continent!

L’Europe se retrouve ainsi en première ligne d’une crise dont elle n’est pas à l’origine. Une grande partie des

problèmes vient en effet d’ailleurs: ombres sur le modèle chinois, effondrement des prix du pétrole, doutes sur la croissance américaine. L’économie mondiale flanche, et c’est l’Europe qui trinque. Ce fut déjà le cas après 2008: alors que la Chine et les Etats-Unis lançaient de vastes plans de relance, l’Europe, sous la férule allemande, a imposé une cure d’austérité à la zone euro, et retardé les actions de la Banque Centrale Européenne, au risque de plonger le Vieux Continent dans la déflation.

Rebelote cette fois-ci? La situation actuelle démontre en tous cas une fois encore, s’il en était besoin, l’extrême fragilité des institutions européennes, château de cartes prêt à s’effondrer à la première secousse d’ampleur. Pourquoi l’Europe se retrouve-t-elle à nouveau à l’épicentre de la crise? D’abord, parce qu’elle déjà dans un état de délitement extrêmement avancé. A vouloir absolument faire du fédéralisme contre l’avis des peuples, l’Europe s’est engluée au milieu du gué. Les dispositifs fédéraux qu’elle a bâtis comme des postes avancés d’une future union politique ont démontré en 2015 leur paralysie: après la crise des migrants, Schengen est en situation de mort clinique. Quant à l’euro, la crise grecque de l’été dernier a démontré que sa principale – et seule? – utilité était de pouvoir délivrer une fin de non-recevoir à des exigences démocratiques exprimées par référendum. Au final, l’Europe fonctionne tellement bien que les britanniques souhaitent désormais majoritairement s’en extirper. Autant le dire clairement: l’architecture institutionnelle européenne est en situation de mort cérébrale, zombie continuant vaguement à tenir debout alors que la philosophie qui les a inspirés s’est vu opposer un démenti cinglant et définitif au cours de l’année passée.

Voilà pourquoi l’Europe, fragile politiquement, serait particulièrement vulnérable à un choc financier. Face à elle, Chine et Etats-Unis sont des Empires unifiés, capables de parler d’une seule voix pour défendre leurs intérêts et leur économie. Si les difficultés continuent à s’aggraver en Chine, Pékin peut laisser filer le yuan, gagnant ainsi en compétitivité, et exportant de cette manière la crise aux pays étrangers. Quant aux Etats-Unis, outre la puissance du dollar, ils disposent également d’armes redoutables à leur disposition: un secteur financier puissant, et l’extra-territorialité du droit américain, qui lui permet d’aller chercher des noises à des multinationales étrangères, comme l’a notamment démontré l’affaire de l’amende imposée à BNP Paribas.

Les signaux de troubles, semblables à ceux observés lors de la crise de l’euro, commencent d’ailleurs à apparaître: les taux souverains des pays de la zone euro, qui avaient cessé de diverger en 2012, après le «whatever it takes» du président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, recommencent ainsi à diverger dangereusement entre les pays supposés solides, comme l’Allemagne, et les plus fragiles (les pays d’Europe du Sud principalement). Ainsi la dette portugaise à dix ans, qui rapportait 2,8 % début janvier, est-elle remontée à 4 % cette semaine. Le tout dans un contexte d’évolutions politiques anti-austéritaires dans les pays d’Europe du Sud, dont beaucoup veulent faire monter la pression sur les pays créanciers d’Europe du Nord.

Face à ces vents violents, chacun comprend que ni Jeroen Dijsselboem, le président de l’Eurogroupe, ni Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, ne pourront être d’une utilité décisive. Tous les regards se tournent donc vers Mario Draghi, seul capable de rassurer un tant soit peu les marchés. Mais «Super Mario» a déjà beaucoup dégainé pour abattre les monstres financiers qui se sont abattus sur l’Europe au cours des dernières années. S’il ouvre son barillet, il risque de constater qu’il ne lui reste plus guère de cartouches.

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