Pourquoi la zone euro ne sortira pas de la récession

Hormis l’Allemagne, les pays européens tombent en récession les uns après les autres. Pourquoi ? Par un effet domino dans la zone Euro que le pacte budgétaire européen ne risque pas d’interrompre, selon Philippe Murer, professeur de finance à la Sorbonne, qui s’attache ici à décrypter ce phénomène.

Extrait de l’article lu sur Marianne 2. Lire l’article en entier ICI.

Avec le pacte budgétaire européen en sus, nous sommes en récession sans fin…

  • Le « pacte budgétaire européen » impose que les pays aient un déficit budgétaire structurel de moins de 0.5%. Mais, un fait beaucoup plus important est peu connu : un déficit budgétaire supérieur à 3% implique un « partenariat budgétaire » du pays concerné avec la Commission Européenne. On peut donc s’attendre à des coupes budgétaires drastiques dans tous les pays de la Zone Euro pour éviter ce « partenariat ». En période récessive, cet ajustement budgétaire causera de gros dégâts à la croissance et l’impossibilité visible de relancer l’économie risque fort d’induire une dépression en Europe. Jusqu’à ce que la politique économique change de cadre.
  • En revanche, les mesures qu’a pris Draghi soutenu par tous les dirigeants européens, de limiter le taux des emprunts espagnols et italiens entre 4 et 5 % devraient permettre à l’euro de tenir plus longtemps malgré les situations économiques catastrophiques qui sont déjà là en Espagne et en Italie et arrive maintenant en France et avec du retard en Allemagne. Cela aidera le monde de la finance mais cela aidera peu l’économie. 
  • Les Allemands seront peut-être plus flexibles politiquement sur de nombreux sujets quand la récession allemande va devenir importante mais ils pourront difficilement casser leur tabou monétaire : ne pas utiliser l’argent de la BCE pour investir dans l’économie réelle. Vu l’état des budgets, il semble très difficile de relancer la croissance autrement.

 

La récession en Europe est probablement sans fin. Un effet panique est probable dans des populations où l’augmentation du chômage et le sentiment que les gouvernements ne maîtrisent pas la situation économique sont très présents.

Comme le dit très justement Marcel Gauchet dans un article du monde du 8 Septembre 2012,

« La grande inconnue, c’est la réaction de la société française lorsqu’elle va prendre conscience que nous sommes embarqués dans une crise de longue durée, où le retour des vaches grasses n’est pas pour demain et où il ne sera jamais plus possible de jouer comme avant. Le moment où cette découverte va se produire est imprévisible et l’on ne sait absolument pas quelles en seront, alors, les conséquences. »

Quel effet sur la situation politique en France ? Quels seraient les plans de relance possible ?
Quand l’activité sombre, une relance est nécessaire. Pour être efficace au niveau européen, vu les niveaux d’intrications des économie, il est préférable qu’elle soit faite par plusieurs pays d’Europe en même temps. Les budgets étant sous surveillance très stricte des Marchés Financiers vu que la Banque Centrale ne veut pas prêter de l’argent aux Etats, la voie de relance budgétaire est difficile et de toute manière très restreinte.
La voie de la relance par le privé ne peut être exploré car les banques prêtent peu et les entreprises n’investissent pour la plupart que lorsque le débouché, la demande existe. Sinon elles risquent une faillite stupide.
La mise en place d’un European Act permettant de réserver les Marchés Publics européens aux entreprises européennes serait une autre solution : cela augmenterait mécaniquement l’activité des entreprises européennes et les créerait des emplois en France et en Europe. Cependant, le libre échangisme farouche de l’Allemagne rend cette voie sans issue.
Il reste donc la possibilité de relancer avec de l’argent gratuit imprimé pour l’occasion par la BCE dans le but de mettre en place de grands projets rentables financé à taux très réduits: économie d’énergie dans les immeubles, ferroutage et de façon générale tous les projets pouvant être réalisé par des entreprises européennes.
Cette voie est malheureusement elle-aussi bloquée pour l’instant par « l’orthodoxie monétaire» des gouvernements allemands.Cependant, quand la récession finira par mordre violemment en Allemagne, il y a une chance, certes petite, que le gouvernement allemand l’accepte. Ce n’est pas à l’ordre du jour.
Stratégie et décisions du gouvernement Hollande : 

Il est évidemment terrible pour un gouvernement d’être confronté à une telle situation. La France et toute l’Europe rentre en récession et aucun plan de relance n’étant envisageable, cette récession va se transformer en récession sans fin. Le tissu industriel se détruit avec les délocalisations. La destruction de la demande intérieure, l’augmentation du chômage, la faible hausse des salaires, la faible consommation de l’Etat bloquent voire feront baisser la consommation partout.

On a vu que les plans de relance sont bloqués par tous les traités européens signés par la France qui entraînent aujourd’hui une impuissance du pouvoir publique face à la récession. Nous sommes donc rentrés dans un cercle vicieux qui n’a apparemment pas de fin.

Toutes les envies de fédéralisme ne résoudront rien : cela ne lèvera aucun des obstacles fixés à la relance. On a toujours dit aux Français que l’Europe sociale viendrait plus tard : pour l’instant, nous n’avons rien vu venir d’autre qu’une Europe de plus en plus ultralibérale et nous avons du mal à souscrire à cet espérance relayée par certains pontes. Nous voyons qu’il devient difficile de croire que l’Europe se permette même de relancer son activité économique ! On préfère couler l’économie que de changer de trajectoire !

La seule solution restante,à part la prière, revient à forcer l’Europe, en s’appuyant sur les gouvernements ou sur les autres peuples, à débloquer la situation. Cela peut être la solution décrite par Jacques Sapir : le bras de fer consistant à dire aux Allemands et autres pays orthodoxes : nous demandons à faire ce plan de relance avec l’Europe pour redonner du travail et éviter la destruction de notre économie, sinon nous sommes obligés de désobéir. Cette solution, certes risquée, devient juste, elle me semble la seule possible.

Or le gouvernement a pris la solution inverse : la solution de communication. Cela consiste à communiquer sur un redressement dans un an pour l’emploi (en attendant, il y aura environ 600.000 chômeurs de plus)  et de 2 ans sur la dette. Cette solution est évidemment chimérique dans le contexte d’une récession « perpétuelle ». Et le gouvernement fait maintenant de la communication sur la communication.

Jean-Marc Ayrault, 15 jours après l’annonce de Hollande, se montre moins sûr d’arriver à inverser la courbe du chômage dans un an mais se dit déterminé à faire tout pour cela ! Le bateau coule mas on le laisse couler sans rien faire d’important !

Il y a donc fort à craindre que le gouvernement aura profondément perdu la confiance des Français dans 6 mois à 1 an.

Deux questions se poseront alors :
  • Quelle sera la réaction des Français quand ils se rendront collectivement à l’idée que ce gouvernement, pas plus que le précédent n’a de solutions pour les sortir d’un cercle de pauvreté pour eux et de déclin pour le pays?
  • Si les élites de tout poil qu’elles appartiennent au gouvernement, aux syndicats, aux élites économiques sont aveuglées, que doivent faire les Français pour les convaincre qu’il faut absolument casser les blocages et changer de cadre pour sortir de ce cercle d’appauvrissement, de chômage et de dislocation de la nation?