Pourquoi « Le Fascisme islamique » ne paraîtra pas à la rentrée

Un best-seller allemand sur l’islam pourrait-il ne pas être publié dans la patrie de Voltaire ? Les éditions Piranha avaient annoncé la traduction du Fascisme islamiquequi devait paraître le 16 septembre prochain. Une « analyse » du Germano-Égyptien Hamed Abdel-Samad qui dresse des parallèles entre l’idéologie fasciste et l’islamisme, des Frères musulmans (apparus dans les années 1920) en remontant jusqu’aux racines du Coran. L’auteur, fils d’imam et ancien membre des Frères musulmans, est devenu un critique de l’islam très médiatisé outre-Rhin, ce qui lui a valu de vivre sous protection policière à la suite de fatwas pour hérésie et de menaces de morts de la part des djihadistes.

Mais fin juillet, la petite maison d’édition française (spécialisée dans les traductions de l’allemand, mais aussi dans des documents remarquables comme l’enquête du journaliste Lawrence Wright sur la scientologie) fait brusquement marche arrière, annonçant à l’auteur qu’elle ne mesure pas les risques en matière de sécurité, mais aussi qu’elle ne souhaite pas « apporter de l’eau au moulin » de l’extrême droite. La décision a provoqué un tollé dans la presse germanique, qui a rappelé que l’essai a été publié en Allemagne par un grand éditeur (Droemer Knaur) et qu’une traduction anglaise a pu paraître sans problème aux États-Unis début janvier.

Un nouveau contexte ?

Au Point, Jean-Marc Loubet, patron de Piranha, confie avoir acquis les droits de l’ouvrage il y a deux ans, mais que le contexte « a depuis changé avec la multiplication des attentats ». « À l’époque, ça nous paraissait être un livre iconoclaste qui pouvait faire débat, même si on ne partageait pas forcément ses thèses et qu’il pouvait prêter à des raccourcis historiques sur l’islam. Mais, après Nice, j’ai vu monter les polémiques politiciennes et une parole de haine des musulmans. Ça a libéré des choses… » L’éditeur, qui a reçu le soutien « à l’unanimité » de sa petite équipe, se défend de toute autocensure, expliquant que le livre existe en allemand et en anglais. « Je suis désolé pour l’auteur, mais son livre devrait rapidement trouver un nouvel éditeur en France. »

Hamed Abdel-Samad comprend l’argument sécuritaire.

(…) En revanche, l’auteur est furieux contre la deuxième justification avancée par Piranha. « Jean-Marc a écrit qu’il ne voulait pas apporter de l’eau au moulin de l’extrême droite. Ça, c’est l’argument typique d’un chantage moral auquel je suis sans cesse confronté. Je suis un penseur libre, qui n’appelle pas à la violence, qui ne stigmatise pas les musulmans – au contraire, je les défends comme êtres humains –, mais qui s’en prend à une idéologie que j’estime violente. J’ai le droit, en Allemagne, plus de 200 ans après Kant et 230 ans après Voltaire, de publier ces pensées sans devoir avoir peur et être terrifié. C’est pour ça que je suis tellement en colère. Je trouve ça très dangereux comme façon de penser, notamment venant d’un éditeur qui, plus qu’aucune autre profession, devrait être le garant des débats de qualité et de la liberté d’expression. »

Dans un éditorial au vitriol intitulé « Déjà perdu », l’hebdomadaire de référence Der Spiegel s’est indigné de cette volte-face de Piranha.

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