Présidentielle : pourquoi les musulmans français ont majoritairement voté à gauche

(…) Si le candidat socialiste a obtenu en 2012 le même score que Ségolène Royal en 2007, Jean-Luc Mélenchon, avec 20 % des voix, a considérablement fait progresser le total des voix de la « gauche de la gauche ».

Bien que laïc intransigeant et hostile à la visibilité trop importante de la religion (et donc de l’islam) dans l’espace public, le leader du Front de gauche est parvenu, par son opposition très nette au FN et par la reconnaissance des bienfaits de la présence d’une immigration arabo-musulmane en France (lors du discours du Prado à Marseille notamment), à capter une part significative de ce vote. (…)

 

Dans les milieux populaires, le fait d’être ou non musulman influe très profondément sur le vote.

Ainsi, si François Hollande domine sans partage l’électorat populaire de confession musulmane avec 63 % des voix au premier tour, il est devancé de deux points par Marine Le Pen (29 % contre 27 %) sur l’ensemble des ouvriers et employés.

Aussi, faut-il être très prudent lorsqu’on évoque le vote des fameux « quartiers populaires », réservoirs de voix pour la gauche pour certains ou en voie de droitisation pour les autres. La variable religieuse (et avec elle la composition ethnique de la population locale) introduit une ligne de clivage très marquée au sein même des milieux populaires.

Parmi les ouvriers et employés se déclarant de confession musulmane, le total Hollande / Mélenchon / extrême-gauche a atteint au premier tour de la présidentielle pas moins de 82% des voix contre 9 % seulement pour le total Sarkozy / Le Pen assurant ainsi une domination sans partage à la gauche dans bon nombre de banlieues et de quartiers de grands ensembles.

Le rapport de force est en revanche tout autre si l’on considère cette fois l’ensemble des milieux populaires

(et plus uniquement ceux qui se disent de confession musulmane) : 48 % en faveur du bloc Sarkozy / Le Pen contre 40 % pour le bloc de gauche, gauche qui s’est retrouvée sur la défensive dans de nombreux territoires (zones péri-urbaines, villes moyennes, vieux bassins industriels) à forte population populaire mais… non musulmane. (…)

Atlantico