Protectionnisme : un gros mot devenu à la mode !

Dans les années 90 et 2000, parler de protectionnisme était le meilleur moyen de se faire traiter de réactionnaire, de ringard, ou de facho.
À gauche comme à droite, on savait que la modernité exigeait l’effacement des frontières et la libre concurrence planétaire. Alain Minc chantait les louanges d’une mondialisation heureuse, Libé et le Nouvel Obs vantaient les mérites de l’idéologie libérale-libertaire, la droite de Sarkozy avançait main dans la main avec le centre de Bayrou sous les cieux prometteurs d’une Europe ouverte aux 4 vents de la libéralisation, et la gauche de Hollande vouait un culte divin aux solutions libres échangistes de Tony Blair.

En face, seuls quelques énergumènes (comme Le Pen, De Villier, et Seguin ou Chevenement dans une moindre mesure) avaient le courage de s’opposer au progressisme tyrannique de nos élites autoproclamées.
La chape de plomb idéologique fut telle que même Maurice Allais, le seul prix Nobel d’économie français, fut ostracisé dans les média. Pourtant, l’économiste « libéral-socialiste » nous avait prévenu : « La libération des échanges n’est possible, n’est avantageuse, n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux économiquement et politiquement associés, groupant des pays de développement économique comparable». Il forma un mot que personne à part Jean-Marie Le Pen osa utiliser : le Mondialisme.
Par ce néologisme, il parvint à désigner la nouvelle idéologie dominante : « si j’insiste sur le « -isme », c’est que je dresse un parallèle. Les perversions du socialisme ont entraîné l’effondrement des sociétés de l’Est. Mais les perversions laissez-fairistes mènent à l’effondrement des sociétés occidentales. En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, « l’argent ». Elle n’a qu’un seul culte, « l’argent ». Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même. »

Aujourd’hui, le retournement de veste est à tous les étages. On ne compte plus les livres en faveur du protectionnisme. Le dernier en date, Inévitable Protectionnisme, est le fruit du travail de Franck Dedieu et Benjamin Masse-Stamberger, respectivement journalistes économiques à l’Expansion et à l’Express. Oui vous avez bien lu ! A l’Expansion et à l’Express… ces journaux seraient-ils devenus les supports d’expression du front National ?
Et vous allez rire : nos rouletabilles du 21 siècle ont donné une interview à… Libération. Le grand journal de la gauche BoBO pour qui les frontières ont toujours signifié l’autarcie, la guerre, le nationalisme, le fascisme….
Mais attention, il ne faudrait pas croire que nos résistants de la dernière heure sont pour un protectionnisme aux frontières de la France… Non, ils pensent que celui-ci devrait s’appliquer aux Frontières de l’Europe ?!?!

Michel Audiard avait raison : les cons ça osent c’est même à ça qu’on les reconnait.

Interview de Franck Dedieu et Benjamin Masse-Stamberger les auteurs de Inévitable Protectionnisme.

Comment en êtes-vous arrivés à la conclusion que le protectionnisme est inéluctable ?

Benjamin Masse-Stamberger : Ce qui nous a frappés, c’est la manière dont on a longtemps réussi à maquiller, avec la finance, le dépérissement de la production et de la croissance dans nos pays. Les Anglo-Saxons l’ont masqué via l’endettement privé de leurs ménages pour qu’ils continuent à consommer, les Européens du Sud en ayant recours à l’endettement public pour pallier les défaillances du secteur privé.

Avec la crise, les masques sont tombés. On a pris conscience que le rétablissement durable de la croissance n’était plus possible sans un réinvestissement dans la production. Or, c’est impossible si l’on ne rétablit pas des conditions de concurrence loyale, à la fois sur le plan social, environnemental, fiscal et monétaire.

Par quoi faut-il commencer ?

Franck Dedieu : Par la mise en place de barrières douanières à l’échelle européenne, avec indexation du droit de douane sur le différentiel d’augmentation de la productivité et des salaires.

Concrètement ?

F.D. : Dans les pays émergents, la productivité a augmenté deux à trois fois plus vite que les salaires ces vingt dernières années, alors qu’elle n’augmente que légèrement plus vite chez nous. Cela signifie que si l’écart entre la hausse de salaire de l’ouvrier textile chinois ou indien et le gain moyen de productivité du secteur est de 20%, on taxe à 20% les produits textiles. Pour ne pas payer de droits de douane, les entreprises auront alors intérêt à augmenter les salaires localement de 20%.

Le libre-échange ne permet-il pas le rattrapage des pays émergents avec le développement d’énormes classes moyennes ?

B.M.-S : C’est juste, mais cela ne va pas assez vite. Il faudra quarante ans d’après une étude de Natixis pour parvenir à un Smic mondial et, donc, que l’ouvrier français n’ait plus peur de voir son emploi délocalisé en Chine. Ce protectionnisme temporaire ne vise qu’à réduire la durée de ce rattrapage afin que notre désindustrialisation n’atteigne un stade irrémédiable.

On voit mal comment l’Europe peut rapidement mettre en place ce type de politique…

F.D. : C’est compliqué, mais pas impossible. Les barrières douanières relèvent de décisions à la majorité qualifiée. Hormis les Pays-Bas et le Royaume-Uni, à la culture très libre-échangiste, beaucoup de pays peuvent s’accorder. Y compris l’Allemagne, si l’on en juge par certaines réflexions qui se font jour au sein de l’opposition du SPD [sociaux-démocrates, ndlr] et qui jugent insupportable le modèle allemand de croissance appauvrissante, basé sur la compression permanente des coûts et la stagnation des salaires. Un «Schengen commercial» est tout à fait imaginable.

Une telle inflexion ne donnera-t-elle pas lieu à de fortes tensions ?

B.M.-S. : Le protectionnisme est une réalité qui ne cesse de grandir dans le monde et il doit être dédramatisé. Bien utilisé, il peut contribuer au rééquilibrage de la mondialisation de manière progressive. A défaut, on risque de subir des tensions bien plus importantes sur le plan social et politique dans les années à venir.