Quand Libération accrédite le grand remplacement: «Tu te souviens quand il y avait les Européens»

Marseille : «Tu te souviens quand il y avait les Européens»

Dégoûtés du clientélisme du PS, les quartiers Nord accueillent l’élection de Stéphane Ravier dans le 7e secteur avec détachement.

Latifa, qui tient un petit restaurant en bas de la Busserine, cultive la nostalgie d’un passé où la mixité n’avait pas déserté le quartier. «Tu te souviens quand il y avait les Européens glisse-t-elle à un copain d’enfance».

La cité Picon fait partie du Grand Saint-Barthélémy, vaste ensemble du 7e secteur de Marseille, qui a élu un maire Front national fin mars. «Mais tout le monde s’en fout, assure monsieur Roger, le gardien. Ils savent que le FN leur fera rien. C’est juste un vote antipolitique. Il y a eu trop de promesses non tenues.» Les cités marseillaises ont assez peu voté FN, elles ont juste arrêté de voter à gauche et comme le Front national reste très fort tout autour, Stéphane Ravier a été élu maire d’un secteur de 150 000 habitants. Sans émouvoir grand monde. En 1983, quand le FN avait gagné Dreux, certains avaient pleuré ici, manifesté. Trente ans plus tard, cela se passe chez eux, mais personne ne bronche. L’indifférence s’impose. Le FN ne fait plus peur dans ces cités, où le découragement domine. […]

«Moi, j’en connais du quartier qui ont voté FN, dit un jeune. C’est les racistes et les « chibanis » [vieux maghrébins, ndlr] qui ont élu Ravier.»

«Mais des gens issus de l’immigration ont voté pour lui, parce qu’ils ont peur que leurs enfants finissent dealers ou guetteurs», assure Nasser. Les réseaux de vente de drogue sont oppressants dans ces cités. Indéracinables, ils imposent leurs horaires, contrôlent parfois les accès, font peur aux familles, qui craignent que leurs gamins se laissent tenter, ou prennent une balle perdue. […]

«A Font-Vert, le quartier est plus familial. Quand un appartement se libère, les familles se débrouillent pour placer un de leurs enfants. Ils ne sont que 16 à avoir voté FN (sur 400 votants).

Le taux de chômage explose dans ces cités. Les écoles et collèges font ce qu’ils peuvent, luttent contre le décrochage. Mais monsieur Hammou, le responsable de la salle de prière de Picon, remarque qu’il n’y a «plus que des enfants arabes, noirs ou gitans» dans les classes du quartier, «plus aucun mélange». Il suggère des échanges scolaires «avec les petits Marseillais des quartiers Sud» ! Un sentiment d’abandon domine. «Tout n’est pas perdu, veut croire Latifa. Avant, les filles, on sortait avec des blancs, on était mélangés. Si ça a existé, ça peut revenir. Ça vaut le coup de se battre.» […]

«Un vieux monsieur d’origine kabyle dit qu’il met parfois un matelas dans sa salle de bains pour parvenir à dormir. Il ajoute qu’il a «toujours voté, comme les Français», cette fois pour le Front national.

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