Régionales : cinq recettes infaillibles pour faire monter le Front national

Ni l’indignation moralisatrice, ni les tactiques politiciennes n’empêchent le parti de Marine Le Pen de progresser spectaculairement. Analyse de Pierre Beylau dans Le Point.

Le feuilleton dure depuis plus de trente ans. […]

Constat : toutes les bonnes vieilles recettes supposées affaiblir le FN ne font que le renforcer.

Première recette : la diabolisation

À première vue, l’équation est simple, l’argumentaire imparable. Le FN, c’est le mal, Vichy, la collaboration, la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme. « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. » Bertolt Brecht est rituellement appelé à la rescousse. […]

Problème : l’inexorable sablier du temps faisant son œuvre, les quelques survivants du pétainisme ont rejoint depuis longtemps le Walhalla des collabos. Vichy n’est plus qu’une curiosité historique. L’antisémite se raréfie sauf dans quelques banlieues travaillées par les islamistes.

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Deuxième recette : le mépris de l’électorat FN

L’affaire est entendue : l’électeur FN est un peu demeuré, dispose d’un nombre limité de neurones. Sous-diplômé, habitant des régions ravagées par le chômage et la désindustrialisation, c’est un « petit blanc », une sorte de Groseille, la famille nordiste du quart monde immortalisée par l’excellent film La vie est un long fleuve tranquille.

Selon ces subtiles analyses martelées à satiété par une nomenklatura hors-sol, l’électeur FN est un recalé de la mondialisation, un handicapé de la modernité cherchant un exutoire dans la haine de l’étranger. […] Évidemment, un tel discours discriminatoire et méprisant n’incite nullement les intéressés à abandonner le bleu marine, mais les conforte dans la conviction qu’ils font le bon choix : celui de la rupture avec une élite qui refuse de les comprendre.

Question subsidiaire : pourquoi le FN progresse-t-il aussi sur des terres relativement prospères, où l’immigration est homéopathique et l’insécurité faible ?

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Il est tout de même compliqué d’imaginer que Florian Philippot est la réincarnation de Himmler.

Troisième recette : la négation des problèmes que le FN soulève

Si un responsable du FN déclare avoir vu passer dans la rue un chat noir, toute personne lui donnant raison est immédiatement accusée de connivence, de populisme exacerbé, de cryptofascisme inavoué. Le chat doit absolument être vert, rouge ou bleu, pas noir. […]

Quatrième recette : la négation du malaise identitaire

L’appréciation sur le réflexe identitaire est à géométrie variable. Il est jugé avec compréhension par le grand tribunal de la conscience universelle lorsqu’il s’agit des Basques, des Écossais, des Catalans, des Guaranis ou des Peuls Bororos, mais condamné avec sévérité quand il concerne les Français, les Américains, les Russes ou les Slovènes. Le vocable même d’« identité » est alors un gros mot.

Or la réalité est là : quand les Français se sentent menacés, ils entonnent la Marseillaise, pas l’hymne chinois.

Ils se regroupent autour de l’idée de nation (pas incompatible avec l’Europe), dont on peut disserter à l’infini, en se demandant si elle répond à la définition de Renan, de Tocqueville, de Barrès ou de Maurras. Sans doute un peu des quatre… Cette identité forgée par l’histoire et la géographie, par la volonté de quarante rois, deux empereurs, cinq républiques, enrichie d’une quantité d’apports culturels et humains n’est pas seulement un contrat juridique pour le « vivre ensemble ».

Cinquième recette : bricoler le système électoral

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