Ronds-points, éoliennes, lotissements : comment on enlaidit la France

On souscrit pleinement à cette tribune. Les socialistes et leurs alliés de l’UMP ont ravagé les entrées de nos villes avec des supermarchés hideux, des parkings dégueulasses, du mobilier urbain à vomir, et des immeubles atroces. Ils s’en prennent maintenant au périurbain et à la campagne. Il faut arrêter ce massacre.

Les citoyens doivent exiger de la part de leurs élus que dans tout ce qu’ils entreprennent il y ait un critère esthétique conforme à la beauté de notre patrimoine.

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Le Figaro

Cette semaine, notre chroniqueur Franck Ferrand appelle à une mobilisation générale pour sauver le patrimoine en péril dans nos 36 000 communes.

comment-la-france-est-devenue-moche,M33462Quand Voltaire, porte-voix des grandes causes, décida jadis de peser de tout son poids en faveur de la réhabilitation de Jean Calas – ce protestant de Toulouse, roué vif à la suite d’un déni de justice – quand l’Ermite de Ferney comprit qu’il n’aurait d’autre issue que d’en appeler au «cri public», il implora ses amis de l’aider à lever un gigantesque mouvement d’opinion. «Il faut faire brailler en notre faveur tout l’ordre des avocats, leur dit-il, pour que, de bouche en bouche, on fasse tinter aux oreilles du Chancelier qu’on ne lui laisse ni repos, ni trêve, qu’on lui crie toujours: Calas! Calas!»

L’on n’a pas roué grand monde ces temps derniers, et personne ne saurait plus, hélas, se mesurer à l’esprit et au souffle du vieux Voltaire. Mais, toutes proportions gardées, j’ai retrouvé une once de cet esprit, un peu de ce souffle-là dans le cri public d’auteurs courageux, la semaine dernière, dans Le Point. «Ceux qui massacrent la France», a titré l’hebdomadaire, dans un salutaire accès de rage accusatrice. De justes articles y ont dénoncé ce qu’il fallait dénoncer: l’abandon du patrimoine de proximité, la destruction d’églises par dizaines et la construction de ronds-points par centaines, la multiplication alarmante des sinistres éoliennes… L’habitat traditionnel, partout menacé par les «réhabilitations» les plus cupides, et défiguré partout par d’immondes fenêtres de PVC.

Partout, d’harmonieux paysages gangrenés par des zones commerciales ou résidentielles – lotissements hideux et désespérants, conspirant à défigurer nos plus beaux villages.

Enfin, enfin ces atteintes à notre bien commun et collectif, enfin ces mauvais coups perpétrés à l’encontre d’une richesse patrimoniale accumulée au prix de siècles, ont trouvé des contempteurs à la mesure du désastre. L’excellent Alexandre Gady, renvoyant dos à dos, dans leur assaut d’incurie, les deux principales candidates à la Mairie de Paris, a même osé mettre le doigt sur l’hypocrisie des urbanistes fous du moment. «Les plus vives inquiétudes des défenseurs du patrimoine concernent l’espace urbain, patrimoine partagé et qui donne le sens de la ville, écrit-il. La nouvelle place de la République, mer de béton gris, pour laquelle on a détruit un espace cohérent du XIXe siècle, a opéré une banalisation de l’esprit des lieux. Plus grave apparaît l’extension du complexe de Roland-Garros sur le jardin des serres d’Auteuil au bois de Boulogne, site classé et protégé par les Monuments historiques. Dénoncé par toutes les associations locales et nationales, par les riverains et par les Verts, ce projet néfaste que soutient sans faille la municipalité sortante est insensé.»

Quel soulagement de lire, imprimées, de telles vérités! Mais il ne faudrait pas, surtout pas, n’y voir qu’un défoulement! Il ne faut pas, surtout pas, laisser retomber le soufflé ; il importe instamment que les lecteurs du Figaro s’engouffrent dans cette brèche et contribuent, chacun à sa place, chacun avec ses moyens, à ce qui doit devenir – au plus vite – il y a urgence – une prise de conscience nationale, condition du sursaut attendu.

Où je me plais à plagier notre grand devancier: «Il faut faire brailler en notre faveur tous les amoureux du patrimoine, pour que, de bouche en bouche, on fasse tinter aux oreilles de la Ministre qu’on ne lui laisse ni repos, ni trêve, qu’on lui crie toujours: Patrimoine! Patrimoine!»