Série Télé. Rebecca Zlotowski : « Avec ‘Les sauvages’, je m’empare d’une peur collective, la peur de l’étranger »

La télé et le cinéma français se caractérisent par leur absence de créativité et par la propagande dont il se font les vecteurs. Effrayant.


 

La nouvelle série, “Les sauvages”, bientôt diffusée sur Canal+ met en scène un élu président de la République française d’origine Magrhébine. Tirée d’une série de romans de Sabri Louatah, la série en six épisodes de 52 minutes met en scène les gens issus de l’immigration. Ceux qui émergent et ceux qui sombrent. Un mois après la sortie de son film « Une fille facile » [avec Zahia], Rebecca Zlotowski « frappe fort » avec « Les sauvages » selon Paris-Match.

Mes deux parents sont immigrés, je suis la première génération de ma famille à naître en France. ( juin 2017 )

C’est la peur de la désintégration qui est à l’origine des “Sauvages” ?

Rebecca Zlotowski. Je crois que j’ai fait cette série par désir de réparation. Et pour une image : celle des chibanis [travailleurs maghrébins retraités] à l’Elysée. Dans un certain cinéma à la première personne, on peut écrire sur ses peurs. C’est le cas dans mes films précédents. Mais avec “Les sauvages”, je m’empare d’une peur collective, la peur de l’étranger. Je pensais beaucoup sur le tournage aux séries américaines “A la Maison-Blanche” et, un peu, à “24 heures”. Parce que, en installant à l’écran des personnages de pouvoir noirs, arabes, femmes, pédés, lesbiens, on réalise un tour de force qui consiste à modifier les représentations par la fiction.

Vous montrez comment l’humiliation ordinaire des minorités est une matière inflammable.
Pour moi, le sujet de la série est la question de l’identité. Collective et personnelle. Qu’est-ce que réussir ? Ce thème des transfuges sociaux, de la honte de soi, de l’affranchissement me fascine. C’est aussi le gros sujet italo-américain chez Scorsese ou Coppola depuis cinquante ans. Avant qu’ils ne s’en emparent avec leur regard, l’immigration italo-américaine était considérée comme sale, bruyante, grouillante, paupérisée. Ils ont créé une mythologie. C’était aussi je crois le projet de Sabri Louatah, l’auteur de la saga “Les sauvages”, et c’est là-dessus qu’on s’est retrouvés. […]

Paris Match ; Le Figaro