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Silence au PS face aux déclarations de Valls sur les Roms

Devant la commission des Lois du Sénat, Manuel Valls a annoncé devoir reprendre la politique de démantèlement des camps de Roms. Le ministre de l’Intérieur s’expliquait sur la politique migratoire du gouvernement Ayrault. Il s’est dit « très inquiet de la concentration dans une série de campements », pointant des situations très difficiles à Lille, Lyon, Aix et en Seine-Saint-Denis, « où des confrontations ont parfois lieu entre les populations des quartiers populaires et les populations dites roms ». La gauche est demeurée muette suite aux déclarations de l’ancien maire d’Evry. Hier, sur Europe 1, le député UMP Eric Ciotti affirmait  : « [Les propos de Manuel Valls sont] un extraordinaire désaveu à tout ce que ses amis ont dit, rappelez-vous des hurlements poussés par les socialistes après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy. »

En effet, il y a deux ans, une autre série de déclarations sur les Roms n’avait pas eu le même accueil. Le 30 juillet 2010, le président Sarkozy prononçait l’une des allocutions les plus commentées de son quinquennat. Le discours de Grenoble, aujourd’hui passé à la postérité, répondait à une série de faits divers (braquage d’un casino puis violences urbaines dans la banlieue grenobloise ou violences de gens du voyage contre une gendarmerie à Saint-Aignan ).

Or, le président de la République avait consacré une partie de son discours aux problèmes posés par la circulation des Roms et par l’installation des campements sauvages. « J’ai demandé au ministre de l’Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms. Ce sont des zones de non droit qu’on ne peut pas tolérer en France », avait-il déclaré. En septembre 2010, conséquence logique du discours, une circulaire du ministère de l’Intérieur était rendue public. La note – plus tard nuancée par Brice Hortefeux – encourageait les préfets à entreprendre une « démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms ».

Bronca à gauche

Les réactions aux discours de Grenoble et à la circulaire sur les Roms ne s’étaient pas faites attendre. Au Parti socialiste, beaucoup ont manifesté leur colère.

Le soir même de l’allocution, Pierre Moscovici écrivait sur son site internet : « Les propos que le président de la République a tenus aujourd’hui à Grenoble (…) sont inacceptables pour tous les républicains de notre pays. (…) Je [les] appelle solennellement (…) à dénoncer avec la plus grande énergie ces propos, et à s’unir pour combattre ensemble, par delà les différences de sensibilité, les mesures que ces propos pourraient  inspirer. » Sur son blog, Jean-Jacques Urvoas, député PS et spécialiste des questions de sécurité, estimait que « ne croire qu’à la force, c’est avoir une vision myope du monde et contribuer à fabriquer une société de haine ».

Un peu plus tard, Martine Aubry sortait avec fracac de son silence par un communiqué.

Elle y expliquait que les déclarations du président marquaient « un pas de plus dans l’outrance verbale et une dérive antirépublicaine qui abîme la France et ses valeurs par des lois d’exception ». (…) « Nous ne laisserons pas stigmatiser les étrangers, pas plus que les Français issus de l’immigration ou les gens du voyage, comme l’ont fait honteusement le président de la République et sa majorité ».

Tandis que la droite non sarkozyste faisait part de ses grandes réserves devant le discours de Grenoble et la circulaire sur les Roms, des communications semblables à celles des socialistes ont été publiées par les Verts, le Front de gauche ou différentes associations anti-racistes.

Après les déclarations de Manuel Valls, nulle controverse à l’horizon : un signe de la complexité de la question et de la difficulté certaine de l’épreuve du pouvoir ?