Stéphane Courtois : «C’est bien Lénine qui a inventé le totalitarisme»

Il y a cent ans, les bolcheviques prenaient le pouvoir, en Russie, sous la direction de Lénine. Dans la biographie qu’il lui consacre, Stéphane Courtois montre que c’est le leader révolutionnaire qui a voulu la guerre civile, la terreur et la dictature du parti communiste érigé en parti unique. Un système dont héritera Staline, disciple et continuateur de Lénine.

En 1997, il y a vingt ans, Stéphane Courtois avait déclenché un tollé, à gauche, parce que, dans sa préface du Livre noir du communisme , ouvrage collectif qu’il avait dirigé, il avait osé comparer le communisme et le nazisme – comparaison faisant ressortir des ressemblances comme des différences. Historien et universitaire, directeur de la revue Communisme fondée avec Annie Kriegel, directeur de recherche honoraire au CNRS et professeur à l’Institut catholique d’études supérieures (Ices) de la Roche-sur-Yon, enVendée, cet homme a consacré sa vie à l’étude du communisme, idéologie qu’il a professée, à vingt ans, lorsqu’il appartenait à un groupe maoïste, et dont il s’est détaché pour devenir un partisan inconditionnel de la démocratie représentative.

De ses années militantes, Courtois a seulement conservé le physique (qu’il nous pardonne!) et un verbe haut qui fustige l’illusion marxiste, ses pompes et ses œuvres, toujours en s’appuyant, science historique oblige, sur les archives. En démontant le personnage de Lénine en cette année du centenaire de la révolution bolchevique d’octobre 1917, ce chercheur, inlassable déboulonneur de mythes, s’attaque au dernier totem du communisme.

Tous les crimes et monstruosités du régime soviétique, notamment à l’époque de Staline, n’ont été que la continuation et le développement du système mis en place par Lénine

Au début de votre livre, vous signalez que la déléninisation est en marche dans un pays comme l’Ukraine, où la dernière des 5500 statues de Lénine érigées pendant l’ère soviétique a été abattue en octobre 2016, tandis que chez nous, le mythe du «grand Lénine» a la vie dure…

Regardez les rues, boulevards et avenues portant le nom de Lénine qui subsistent notamment en région parisienne, dans l’ancienne ceinture rouge, ou le Lenin Café, un bistrot à la gloire de Lénine ouvert à Chalonnes-sur-Loire, à côté d’Angers, ou la plaque qui orne la maison de Pornic où le père de la révolution bolchevique passa quelques semaines de vacances en 1910, ou encore sa statue que l’ancien maire de Montpellier, Georges Frêche, avait fait dresser parmi une série de figures présumées héroïques. Nul n’aurait envie d’habiter rue Hitler ou de boire un verre sous une photo du fondateur du IIIe Reich, mais Lénine, lui, reste une figure positive. On le décrit comme un homme …

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