Fil Info,  Laïcité

Strasbourg : Création d’une faculté libre de théologie islamique pilotée par l’État turc

La formation d’imams sera enseignée dans un ancien centre de formation de la Poste. Le bâtiment est devenu la propriété d’une branche française de l’administration turque en charge des affaires religieuses.

Un souhait exprimé dès 2005 par Nicolas Sarkozy.

En janvier devrait commencer à Strasbourg la formation d’imams. Cette filière, dans un institut piloté par l’État turc, viserait à répondre à un souhait français, exprimé dès 2005 par Nicolas Sarkozy, d’encourager l’émergence des futurs cadres d’un « islam de France, inséré dans la culture européenne ». Les locaux sont prêts, les esprits pas forcément.

« je tombe de mon fauteuil ». C’est un élu de la majorité socialiste de Strasbourg qui le dit. « Je ne savais rien du tout, personne n’en a jamais parlé au sein de la municipalité ».

Toute autre est la réaction de l’adjoint au maire Olivier Bitz, délégué aux cultes : « Il n’y a eu ni débat, ni dossier présenté au conseil municipal, tout simplement parce qu’il s’agit d’une initiative privée, montée sans aucun appel aux financements publics. Je suis moi-même au courant depuis un an. Mais en quoi la ville aurait-elle eu à communiquer sur un projet conduit par une structure officielle qui est autonome et qui travaille sur la base de discussions entre l’administration turque et le gouvernement français ? » (…)

La création d’une faculté privée de théologie islamique à Strasbourg a en effet été pilotée directement par l’autorité turque en charge des affaires religieuses. Elle s’est appuyée pour ce faire sur la DITIB, l’union des affaires culturelles turco-islamiques, qui chapeaute 250 lieux de culte en France et 52 dans le Grand Est. C’est la branche strasbourgeoise de cette émanation des pouvoirs publics turcs qui s’est retrouvée en charge de monter un centre de formation islamique pour tout le pays. (…)

Le constat est ancien d’un manque d’imams dans l’Hexagone qui soient insérés culturellement et linguistiquement. « L’État turc dépêche des fonctionnaires pour quelques années à chaque fois, mais ces ministres du culte turcophones ne favorisent pas une intégration de l’islam en France», reconnaît Murat Ercan, président de la faculté libre de théologie islamique de Strasbourg. D’où l’intérêt, selon lui, de «cet établissement financé par la Turquie avec le soutien des fidèles locaux. Selon une convention passée entre les ministères français et turcs en 2010, il s’agit d’augmenter le nombre de responsables religieux formés en France. »

Suite et source : DNA