Takieddine: «J’ai remis trois valises d’argent libyen à Guéant et Sarkozy»

Dans un entretien vidéo publié par Mediapart ce mardi, le sulfureux homme d’affaires franco-libanais affirme avoir convoyé en 2006 et 2007 cinq millions d’euros en liquide, destinés à la première campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Selon Takieddine, ces valises d’argent liquide lui ont été remises par Abdhallah Senoussi, l’un des chefs des services secrets libyens et beau-frère par alliance de Kadhafi. Au total, il affirme avoir convoyé pas moins de 5 millions d’euros. Or, interrogé en septembre 2012 dans une prison libyenne dans le cadre de poursuites de la Cour pénale internationale (CPI), ledit Senoussi avait affirmé avoir « personnellement supervisé » le transfert de… 5 millions d’euros à la campagne de Sarkozy en 2006-2007. Précision d’importance de Mediapart au sujet de la concordance de la somme dans les deux témoignages : « Takieddine avait confié exactement le même récit au journaliste Nicolas Vescovacci, quelques jours plus tôt, le 18 octobre, à une date où l’intermédiaire ne pouvait pas connaître matériellement l’existence du PV de Senoussi devant la CPI. »

Interrogé par Mediapart sur les nouvelles déclarations de Ziad Takieddine, Claude Guéant nie en bloc : « Je n’ai jamais reçu d’espèces du gouvernement libyen, non plus de quiconque d’autre du reste. Je n’en ai pas davantage vu passer. »

Succession de révélations

 

Certes, les affirmations de Ziad Takieddine sont à prendre avec des pincettes, tant la réputation de l’homme est sulfureuse et ses déclarations fluctuantes. En octobre 2011, il jurait ainsi à  n’avoir « jamais porté de valises bourrées de billets pour qui que ce soit ». L’homme d’affaires est mis en examen dans le volet financier de l’affaire Karachi – les soupçons de rétrocommissions qui auraient financé la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, en marge de vente d’armes – et saura en janvier s’il sera renvoyé en correctionnelle dans ce dossier.

Il n’empêche, ses déclarations filmées s’ajoutent à une succession de révélations récentes dans l’affaire libyenne, sur laquelle des juges d’instruction enquêtent depuis avril 2013. Fin septembre, Mediapart dévoilait notamment que les enquêteurs avaient mis la main sur un carnet de l’ancien ministre du pétrole libyen, Choukri Ghanem – retrouvé noyé à Vienne en avril 2012 –  pour un montant d’au moins 6,5 millions d’euros. L’enquête s’intéresse également de très près à l’homme d’affaires français Alexandre Djouhri, réputé proche de Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, soupçonné d’avoir fait bénéficier ses circuits financiers liés à la Libye à un éventuel financement de la campagne de 2007. Djouhri est visé par un mandat d’arrêt international, .