Une certaine droite rêve d’être de gauche

Lu sur Causeur
Je souscris bien trop aux sages propos du professeur Rouvillois pour oser les amender de quelque manière que ce soit. Mais puisque Goethe nous rappelle que tout ce qui est sage a déjà été pensé et qu’il faut seulement essayer de le penser encore une fois, je m’y essaie avec la colère de voir la droite s’engluer dans sa propre bêtise.

Ils sont nombreux, au lendemain du premier tour, ceux qui ont fusillé avant l’heure l’éminence grise de Nicolas Sarkozy : Patrick Buisson. Cet homme à la droite de la droite (entendue ici comme la droite patriote, populaire et souverainiste), ancien directeur de Minute, est aussi celui qui fit accéder à la magistrature suprême le Président actuel, l’enjoignant de rester à droite (contrairement à son prédécesseur) et de reprendre à son compte certaines idées du Front National. Ses fossoyeurs lui reprochent d’avoir choisi la même stratégie en 2012, au risque de décomplexer une fois pour toutes les électeurs; la preuve en est, 18% ont apporté leur suffrage à Marine Le Pen et ce chiffre annonce avec quasi-certitude la débâcle de l’UMP. La vérité, c’est qu’en menant une vraie politique de droite, il y aurait eu 18% d’électeurs à récupérer.

Ils sont nombreux, aussi, ceux qui ont d’ores et déjà pris leurs distances avec le Front National. Au lieu de tirer à gauche toute,

Nathalie Kosciusko-Morizet a préféré écrire un livre contre le parti de Marine Le Pen tandis que le député Etienne Pinte jurait que le FN n’était pas très catholique. Chantal Jouanno a jugé lundi que, face à la montée du FN, la réponse n’était pas « dans la droitisation », annonçant qu’en cas de duel PS-FN aux législatives, elle voterait socialiste. Mardi matin, Claude Guéant lui a emboité le pas en affirmant qu’il ne voterait pas pour le FN en cas de second tour PS-FN. François Fillon, sur Canal +, a brillé par ses contradictions. Tout en qualifiant de stupides les propos de l’ancienne ministre des sports, il n’en a pas moins assuré qu’il ne donnerait pas sa voix au FN, si l’UMP n’était pas au second tour des législatives. Clou du spectacle, le Président Sarkozy a promis qu’il n’y aurait ni accord avec le Front National, ni ministre issu de cette formation politique. Après cela, qui ira dire que l’UMPS n’est qu’une grossière caricature ?

Ils sont nombreux aussi, au bureau et dans les cafés du commerce, à arborer une mine contrite, comme si le fascisme était aux portes de Paris. Certains se bouchent le nez et observent leurs voisins : une personne sur cinq a voté pour la blonde… Si tous ces gens étaient de gauche, on les comprendrait. Mais ces inquisiteurs situés à droite voudraient maintenant être de gauche. Car la gauche ne tolère pas l’intolérance. Et pour preuve, elle accepte avec un plaisir non dissimulé le ralliement de Jean-Luc Mélenchon à la candidature de François Hollande. Célébrer l’histoire du communisme ou de la Terreur, c’est tout de même bien plus tolérant que de refuser l’entrée du territoire à un étranger qui ne s’est pas conformé à la loi.

Et voilà maintenant que François Hollande, en une de Libération, en appelle aux électeurs du Front National, au nez et à la barbe de Nathalie, Chantal et consorts. Lui, il est free et il a tout compris. Il a épargné l’extrême gauche et accepte l’extrême droite quand la droite a célébré l’extrême-gauche et condamne l’extrême-droite… On croit rêver.

Alors, oui, l’échec de la droite est peut-être le meilleur moyen de lui faire prendre conscience qu’elle a fait le lit de la gauche ; que les 18% de gens qui ont accordé leur suffrage à Marine Le Pen ne sont pas d’affreux extrémistes, couteaux entre les dents à la recherche d’un arabe ou d’un noir à tabasser; que certains ministres auraient bien raison de basculer à gauche et qu’il faudrait qu’ils y restent pour de bon ; que dans la grande famille de droite, il y a peut-être une place pour la droite de la droite, surtout quand elle est aussi représentative et qu’il s’agit non seulement de battre la gauche mais aussi d’incarner la représentation nationale ! « Il y a plusieurs façons d’être con mais le con, choisit toujours la pire » disait Frédéric Dard.

Enfin à tous ceux qui hurleront au racisme et à l’antisémitisme – on les entend déjà – pour refuser toute alliance avec le Front National et qui se draperont dans la soie virginale gaulliste, qu’ils se souviennent que Marine Le Pen n’a jamais osé parler « du bruit et des odeurs » ou de ce « peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

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