Venezuela : deux leaders de l’opposition emprisonnés

Leopoldo Lopez et Antonio Ledezma ont été emmenés de force hors de leur domicile dans la nuit de lundi à mardi par des agents du Sebin, les services de renseignement du pays, pour être placés en détention.

Mardi à minuit et vingt-sept minutes. Leopoldo Lopez, le fondateur du parti de l’opposition Voluntad Popular, est arrêté à son domicile de manière brutale par des agents des services de renseignements vénézuéliens. Sa femme publie juste après sur Twitter une vidéo dans laquelle Lopez est forcé de monter dans un véhicule portant le sigle des services de renseignement – «Sebin» (Servicio bolivariano de inteligencia nacional). «Ils ont kidnappé Leopoldo Lopez parce qu’il ne voulait tout simplement pas céder aux pressions et aux fausses promesses du régime», écrit sur Twitter Freddy Guevara, député membre du même parti d’opposition.

Dans cette même nuit de lundi à mardi 1er août, la fille d’Antonio Ledezma poste également une vidéo dans laquelle son père, le dernier maire de Caracas élu, est emmené de force, en pyjama, hors de chez lui. Avec Lopez, il est considéré comme l’un des principaux détracteurs du régime de Nicolas Maduro. «Nous avons reçu des informations des services de renseignements qui faisaient état d’un plan d’évasion», indique mardi la Cour Suprême dans un communiqué où il est également stipulé que les deux opposants n’ont pas respecté leurs «conditions de détention» interdisant tout «prosélytisme politique».

Leopoldo Lopez et Antonio Ledezma étaient assignés à résidencelorsqu’ils ont été arrêtés par les services de renseignements. Or, selon l’un de leurs avocats, Juan Gutierrez, «il n’existe aucune justification sur le plan juridique pour révoquer la mesure d’assignation à résidence». Après avoir purgé une peine de prison de trois ans et cinq mois, pour son rôle dans les manifestations antigouvernementales de 2014, Lopez avait été libéré le 8 juillet dernier et assigné à résidence. Cet événement avait été considéré comme une mesure d’apaisement dans la crise que traverse le pays depuis déjà des mois. Ledezma, lui, avait été incarcéré après sa condamnation pour «complot» contre le gouvernement de Nicolas Maduro, alors qu’il était maire de la ville de Caracas, l’épicentre de la révolte. Il était en résidence surveillée depuis avril 2015.

Ces arrestations surviennent deux jours après que les deux hommes avaient appelé à l’abstention, dimanche, lors du scrutin qui a élu la nouvelle Assemblée constituante, réclamée par Maduro. Cette «Constituante» doit remplacer l’assemblée nationale élue, dans laquelle l’opposition bénéficie de la majorité. Les députés de l’opposition issus de l’Assemblée risquent de perdre leur immunité parlementaire avec cette nouvelle «Constituante», qui disposera de pouvoirs illimités pour réformer l’État et renforcer ceux du président. Cette «Constituante» rappelle celle de 1999, mise en place par Hugo Chavez, le prédécesseur et mentor de Maduro.

Après ce vote très contesté, les deux leaders de l’opposition ont encouragé le peuple à manifester contre la Constituante. Celle-ci a été élue lors d’un scrutin ayant rassemblé 41,5% des inscrits. Un nombre d’électeurs à peine plus élevé que celui ayant participé au référendum organisé le 16 juillet dernier par l’opposition, pour rejeter par avance cette «Constituante». À la différence du scrutin du 16 juillet, celui du 30 juillet s’est déroulé dans un climat de violence inédite, qui s’est traduit par 16 morts et de nombreux blessés.

Les États-Unis expriment leur «profonde inquiétude», après l’incarcération de ces deux chefs emblématiques de l’opposition. L’Union européenne, qui a, elle aussi, condamné l’arrestation de deux responsables de l’opposition, estime qu’il s’agit d’un «pas dans la mauvaise direction».