Viticulteurs : « Certains empruntent 50 euros à la banque pour manger »

On ne vous en parle pas chez claire Chazal. Mais la France s’enfonce, s’enfonce, s’enfonce…..

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lu sur l’Indépendant

« Si ça continue, il n’y aura plus que des ‘coutious’ (friches) de la Llabanère aux portes du Vallespir et de la mer aux premiers contreforts du Conflent« . Un énième coup de gueule poussé par le très pessimiste président du Syndicat des vignerons, Denis Pigouche, diront certains. Une vérité qu’il faut désormais se résoudre à accepter rétorque, de toute évidence, une bonne partie des vignerons. Parmi lesquels ceux qui ont tenu une conférence de presse, hier, en mairie d’Estagel. Etaient présents aux côtés de Denis Pigouche représentant la FDSEA, cinq viticulteurs, dont Raymond Manchon, adjoint au maire d’Estagel et membre du MoDEF (Mouvement pour la défense des exploitations familiales), Jacques Bayona, adjoint au maire de Saint-Paul- de-Fenouillet, Christian Grallet, membre de la Confédération paysanne et Jean-Michel Hylari, élu MSA grand Sud.

Même plus d’argent pour se chauffer

Jean-Michel Hylari a planté le décor : « Pour la première fois, la MSA a dû mettre en place une cellule de risques psychosociaux. Le problème, c’est qu’elle fonctionne. Et ce, avec de nombreux viticulteurs désespérés qui appellent. Il faut savoir que certains n’ont même plus d’argent pour se chauffer. Et d’autres qui vont emprunter 50 euros à la banque pour se nourrir. Sur le canton de Latour-de-France et Saint-Paul, nous avons cinq fois plus de problèmes de recouvrement qu’en 2011 pour les cotisations exploitants et dix fois plus pour les cotisations sur salaires. Sans oublier les demandes de report de paiement dont nous sommes submergés« .

Une situation qui ne surprend pas les syndicalistes quand, pour Denis Pigouche, si le problème est conjoncturel il est aussi administratif : « Deux tiers des vignerons sont assujettis au forfait et sont exclus du RSA. Le conseil général, l’Etat, le Crédit agricole doivent entendre leurs préoccupations. Il faut en finir avec ce déni de crise, aider ceux qui peuvent encore l’être et accompagner dignement vers la sortie ceux qui ne pourront pas y arriver ».

Ils ont décapitalisé jusqu’au dernier bien

Pour Jacques Bayona, viticulteur à Lesquerde, la situation a été sous estimée :

« Le revenu moyen du vigneron sur certains secteurs est de 2 200 euros à l’hectare, alors que le coût de production se situe entre 2 500 et 3 000 euros. Les viticulteurs ont vendu leur patrimoine, ils ont décapitalisé jusqu’au dernier bien. Nous sommes tombés à 660 000 hectos dans ce département contre 2 millions en 1980. C’est la plus faible récolte depuis le phylloxera. Il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour mesurer le désastre ».

Des propos relayés par Christian Grallet qui demande une revalorisation urgente des productions : « Ce sont les circuits longs qui flinguent les vins du département ». Et par Raymond Manchon qui en appelle à une concertation unilatérale entre responsables agricoles et dirigeants politiques : « Que l’on arrête de nous bassiner avec des solutions techniques. Il faut mettre en place les états généraux de la viticulture et recenser, sans délai, tous ceux qui sont en grande difficulté ». Toutes obédiences syndicales confondues, les vignerons réclament d’urgence la mise en place d’états généraux de la viticulture.