Zemmour : « Deux Amérique se font face. L’une est mondialisée et multiculturaliste, l’autre est anglo-saxonne »

CHRONIQUE – Le rêve américain ne va pas sans l’angoisse du déclin depuis la naissance des États-Unis. Selon Lauric Henneton, cette ambivalence expliquerait la victoire de Trump.

La thèse de notre universitaire est simple, mais pas simpliste: Trump a su exploiter la peur du déclin d’une population blanche américaine qui ne reconnaît plus son pays ; mais cette peur du déclin est consubstantielle à l’histoire de l’Amérique, face inversée de son fameux «rêve américain». La démonstration est convaincante. Comme tout analyste sérieux depuis Tocqueville, l’auteur remonte aux sources religieuses de l’Amérique, ces protestants fuyant une Angleterre corrompue et une Europe en proie aux guerres de religion. L’Amérique est leur nouvelle terre promise et ils sont le nouveau peuple élu.

(…) Nous retrouvons les analyses françaises du club de réflexion socialiste Terra Nova, qui abandonnait volontiers les ouvriers blancs au Front national pour les enfants de l’immigration, les femmes diplômées et les jeunes, qu’on appelle désormais les «millenials». Cette alliance est la botte secrète des progressistes. Elle bute encore, comme le reconnaît notre historien, sur la faible mobilisation électorale des nouveaux Américains. Encore un point commun avec la France: on vote peu en Seine-Saint-Denis!

Mais notre historien ne veut pas voir que ce dédain électoral signifie peut-être un très faible sentiment d’appartenance au peuple qu’ils ont rejoint.

Cette alliance entre nouveaux immigrants et millenials a une terre promise: la Californie. Cette nouvelle Amérique mondialisée a un ennemi: la vieille Amérique des «suburbs» où les Blancs des classes populaires se sont repliés pour échapper à la violence et au désordre des métropoles mondialisées et des obligations légales du «busing» scolaire. Encore un point commun avec la France que ce «white flight» (fuite des Blancs) vers les zones périphériques.

Deux Amériques se font face. La Californie est riche, progressiste, écologique, moderniste, multiculturaliste, post-chrétienne. L’Amérique des suburbs est appauvrie, ridiculisée et méprisée par les élites de l’est et de l’ouest du pays. La classe populaire blanche est au cœur du déclin américain, avec une espérance de vie qui diminue et une mortalité infantile qui progresse. En 1970, 90 % des Américains de 30 ans gagnaient plus que leurs parents au même âge. Aujourd’hui, c’est à peine la moitié. Après la victoire de Trump, de nombreuses voix en Californie ont réclamé l’indépendance. La Californie serait alors une sorte de Catalogne géante.

Notre historien voit bien le conflit à venir entre une Amérique californienne et une Amérique des «small town» (des petites villes), entre une Amérique mondialisée et une Amérique anglo-saxonne. Il plaide bien sûr discrètement pour cette Amérique à la mode californienne, en faisant semblant de ne pas comprendre qu’il donne ainsi raison aux électeurs de Trump et à ces classes populaires blanches qui ont le sentiment de dépossession de leur pays.

Comme s’ils connaissaient à leur tour le sort que leurs ancêtres avaient fait subir aux Indiens il y a plusieurs siècles. Leur vote pour Trump aura été leur ultime combat pour conjurer leur tragique destin.

Le Figaro