Politique

Affaire Cahuzac : quand les laboratoires pharmaceutiques soutenaient l’ex-ministre

Le ministre déchu avait fait jouer ses réseaux pour faire venir à Villeneuve Upsa, Fabre et Lilly

Le PS, le gouvernement et le président de la République semblent découvrir aujourd’hui la face sombre de Jérôme Cahuzac. On veut bien croire que le parcours du ministre déchu peut paraître quelque peu déroutant. Néanmoins pouvait-on ignorer en haut lieu, les liaisons dangereuses qu’entretenait l’ancien maire de Villeneuve-sur-Lot avec l’industrie pharmaceutique ?

Sur le plan local, en tous les cas, les Villeneuvois avaient pu constater que l’ancien membre du cabinet du ministre de la Santé Claude Évin, entre 1988 et 1991, avait l’oreille des labos. L’ovalie villeneuvoise se souvient avec nostalgie combien le jeune député de l’époque lui avait permis à la fin des années 90 de bénéficier du sponsoring conséquent des laboratoires Upsa pour le XIII et des laboratoires Pierre Fabre pour le XV.

Si le laboratoire agenais Upsa pouvait prétendre officiellement qu’il ne comptait pas favoriser, selon un principe somme toute d’œcuménisme, l’élite du XV à Agen (qu’il sponsorisait déjà) au détriment de l’élite du XIII à Villeneuve-sur-Lot, les raisons de la venue du laboratoire Fabre chez les quinzistes villeneuvois sont moins évidentes.  Castres, bastion de Pierre Fabre, n’est pas à une portée de fusil de Villeneuve-sur-Lot.

Lilly et le quadriréacteur

Les Pierre-Yves Revol et les Gérard Chollet s’étaient pourtant déplacés sur les bords du Lot pour en quelque sorte parrainer le club du CAV aujourd’hui disparu.  

Plus révélatrice et croustillante est sans doute une autre anecdote. Elle se déroule le soir du 20 janvier 2000 au château de Rogé. Un grand raout y est organisé par l’institut Lilly, sorte de fondation créée par le laboratoire éponyme.

Ce banquet est censé célébrer le lancement d’une étude financée par ledit institut et « soutenu par le député Jérôme Cahuzac » qui était censée, cela ne s’invente pas, « vérifier l’hypothèse de la persistance d’une inégalité sociale dans l’information et la qualité du recours aux soins, notamment en matière de prévention »… Dominique Gillot, secrétaire d’État à la Santé, avait fait le déplacement sur les bords du Lot pour une visite officielle en empruntant un vol régulier cependant que dans le même temps, le laboratoire affrétait un quadriréacteur qui atterrissait ce jour-là à l’aéroport de la Garenne à Agen avec à son bord 70 invités. L’avion avait été loué aux frais du labo pour la modique somme de 90 000 francs de l’époque, selon une estimation. Rien que ça. Ce soir-là, le gratin de Villeneuve-sur-Lot avait été convié à dîner à Rogé, aux frais également de Lilly.

Grand lobbyiste

Parmi les convives, on trouvait bien évidemment le député Jérôme Cahuzac – qui encore à l’époque, possédait sa société de conseils pour le médicament (Cahuzac Conseil) à destination des labos – mais aussi Daniel Vial, grand lobbyiste de l’industrie pharmaceutique ou encore le sous-préfet de l’époque Alain Zabulon, aujourd’hui conseiller de François Hollande à l’Élysée… Marie-Christine Le Nouène, médecin psychiatre, qui aujourd’hui jouit de sa retraite en Bretagne, se souvient de ce soir-là. « J’avais écrit au laboratoire Lilly pour leur dire combien j’avais été choquée par ces méthodes. L’étude était manifestement bidon. Il fallait juste faire parler du député Jérôme Cahuzac », explique celle qui à l’époque était membre de la majorité municipale de Michel Gonelle. « Je n’étais pas la seule à avoir été choquée.  Nous nous étions réunis, moi et une trentaine de praticiens pour échanger sur le sujet. Le mélange des genres ne passait pas ».

Suite à cette réunion plusieurs médecins villeneuvois avaient d’ailleurs décidé de boycotter les produits des labos Lilly.