Politique

Quand un agriculteur s’oppose au culte du « progrès » urbaniste …

Près de Lyon, dimanche 19 octobre 2014, avait lieu, sur ses terres, un rassemblement de soutien. Ses terres ? Défigurées, saccagées par le passage et l’action des pelleteuses. Là où jadis la nature triomphait, on ne trouve plus que boue, sillons creusés par les engins de chantier et désolation.

On veut ici faire passer les routes qui mèneront au futur Grand Stade de l’Olympique lyonnais, un projet pharaonique porté par le président de l’OL Jean-Michel Aulas et ses promoteurs qui, pour marquer la démesure de leur ambition, l’ont appelé « OL Land ». Bientôt, le béton aura tout recouvert. Quelques centaines de personnes étaient venues dire leur horreur, leur tristesse et leur colère devant le sort ignoble qu’un projet financier fait subir à cet irréductible contre qui des forces mille fois supérieures s’abattent. Pour le moment, le roseau plie mais ne se rompt pas.

Lorsque l’homme arrive, la petite foule l’ovationne, le regarde avec ce mélange d’admiration et de respect. Il prend la parole, roule cigarette sur cigarette, confie avoir perdu sommeil et appétit. Sa détermination est intacte, il exige la restitution de ses terres et leur remise en état devant une assemblée qui applaudit et fait corps avec le tribun improvisé. Chacu, ici, est concerné comme si son propre jardin était en jeu, signe que Philippe Layat n’est plus seul et qu’il est devenu un symbole. Un double symbole même : d’une part, il représente, pour ceux qui abhorrent l’expropriation sauvage, le mépris de la France enracinée, le règne de l’ordre financier et l’absence de scrupule qui permet à ces trois éléments de se rencontrer, le symbole d’un combat non seulement juste, mais moralement obligatoire. Pour d’autres, il est le symbole de l’anti-progrès ; ces pénibles petits grains de sable qui empêchent parfois la grosse machine financière d’imposer son hégémonie.

Chacun, suivant ce que lui commande sa conscience, choisira quel symbole il veut soutenir

On ne ressort pas indemne d’avoir été à quelques mètres de Philippe Layat, ce paysan, agriculteur et éleveur de Décines-Charpieu (Rhône) à qui l’on prend, de force, les terres qui sont dans sa famille depuis quatre siècles. On ne ressort pas indemne parce que tout, chez cet homme, vous prend aux tripes. Ce visage, étrangement familier, usé par le passage des saisons et la dureté des métiers de la terre de France ; ce regard qui semble traversé en même temps par toutes les émotions ; ces mains qui portent le témoignage d’un pays rural que l’on sacrifie sur l’autel du « progrès » urbaniste, glouton et sans pitié. Et la verve, haute, qui transporte de vos oreilles jusqu’à votre cœur la voix d’un homme que tout a de quoi faire tomber mais qu’une force supérieure tient débout. Philippe Layat ne parle pas la langue de bois, il dit ce qu’il a sur le cœur avec ses mots à lui, ceux des hommes francs ; et ces mots émeuvent, touchent, bouleversent. L’homme débout, capable de citer saint François de Sales entre deux fautes de français, qui joue ici toute sa vie, ne lâchera pas.

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